Le Kurdistan ne sera pas exécuté !

21 11 2009

Editorial de Saeed Valadbaygi pour “The Bridge” n°7, journal en anglais réalisé par des camarades iranien(ne)s et qui peut être lu ou téléchargé depuis cette adresse. Ce texte a également été publié par Revolutionary Road le 20 novembre.

Le plus difficile moment de la semaine dernière et qui a brisé le cœur de tout le monde fut l’exécution d’un militant dévoué. La République Islamique a exécuté Ehsan Fattahian, un des grands et fiers jeunes du Kurdistan. Ehsan venait d’une famille de la classe ouvrière de la province de Kermanshah, à l’ouest de l’Iran, et avait été arrêté et condamné à mort pour sa lutte politique en tant que membre d’un groupe marxiste au Kurdistan. Son exécution a conduit une fois encore à des protestations dans le monde entier contre le crime organisé qu’est l’assassinat de prisonniers politiques.


L’exécution de prisonniers politiques et sociaux dans la République Islamique a 30 ans d’histoire. Mais ces derniers jours, la vague d’inquiétude provoquée chez les gens et les militants des droits humains a atteint une échelle internationale. Les exécutions et condamnations à mort contre des prisonniers ont suscité les questions suivantes : une autre vague d’exécution est-elle imminente ?  Jusqu’où le gouvernement continuera dans cette voie, quel est le but de ces exécutions et qu’est-ce que la République Islamique compte y gagner ?

Ehsan Fattahian,un militant politique au Kurdistan, a été exécuté le mercredi 11 novembre. Shirko Moarefi et Habib-Allah Latifi, deux autres militants politiques, sont menacés d’exécution. Une femme et onze autres hommes, toujours au Kurdistan, croupissent en prison avec le fardeau d’une condamnation à mort. Ces exécutions cherchent à créer une atmosphère de terreur dans la société et à faire partir les gens des rues pour stabiliser le système après le coup d’Etat électoral. La République Islamique, qui affronte un énorme défi face à la révolution du peuple contre ses dirigeant, n’a pas d’autres choix que de telles méthodes. Cette méthode de répression, pour ceux qui se rappellent des premières années après la révolution de 1357 (1979), est très familière. Pendant ces années aussi, la République Islamique a mené une guerre cotre le peuple avec le même type de vague d’emprisonnements et d’exécutions des prisonniers politiques pour prendre le contrôle de la vie sociale et politique en Iran.

Chaque jour et chaque mois, une liste d’exécutions politiques dans les prisons d’Iran était annoncée à la radio et dans les journaux. Leurs crimes étaient “guerre contre Dieu”. Mais aujourd’hui, après 30 ans de République Islamique, de nombreux hommes et femmes à travers l’Iran sont condamné(e)s sous la peine appellation et envoyé(e)s à la potence.  Mais aujourd’hui, les exécutés et ceux qui ont combattu Dieu et ses représentants sur terre sont les héros du peuple et les révélateurs de la tyrannie politique et religieuse en Iran. C’est ce que l’on a vu avec Ehsan Fattahian, qu’ils ont enfermé et ensuite assassiné, pour le crime d’être membre d’un groupe marxiste-léniniste. Quelques jours plus tard, à l’Université de Téhéran, un rassemblement de plusieurs centaines de personnes a eu lieu en sa mémoire. Le peuple s’attaque de toutes ses forces au gouvernement et à toutes ses fractions, et le il a montré ces derniers mois que ce mouvement ne mourra pas même si des gens comme Moussavi et Karroubi restent silencieux face à de tels procédés. Les récentes exécutions ont posé une question très claire aux leaders réformistes en Iran, celle de leur position sur la peine de mort. Les récentes exécutions ont montré que des gens comme Moussavi, Karroubi, Khatami et consort, non seulement n’ont pas de position claire sur l’exécution de prisonniers politiques et la peine de mort en général, mais qu’en défendant l’intégrité de la République Islamique, ils ont été et sont toujours complices de ces meurtres. Que ces hommes n’aient pas le pouvoir est un sujet largement débattu ces derniers mois, mais le silence lorsque la population dans les rues, et même des groupes du bazar, et diverses organisations expriment leurs condamnations de ces assassinats, démontre leur complicité avec de tels crimes.

Ce mouvement est une vibrante et humaine dynamique du peuple contre les exécutions de masse, pour la liberté des femmes et le bien-être des travailleurs. Une dynamique qui a déjà vu deux révolutions et plusieurs coups d’Etat masqués contre elles. Notre peuple a été victime des jeux politiques et militaires des puissances de la région et du monde, depuis la Révolution Constitutionnelle jusqu’au coup d’État du 28 mordad (1953), la révolution de 57 (1979) et les trente années de protestations contre la République Islamique. Mais les protestations récentes sont uniques par bien des aspects. Ce mouvement est très conscient et captivant au sens où vous pouvez être en même temps une étudiante de l’université qui pour vivre doit travailler de longues heures, qui se soulève contre les normes discriminatoires et a déjà goûté à la prison pour ce crime, et de représenter de fait le mouvement des femmes, les étudiants, les travailleurs, les prisonniers politiques ou un des milliers de phénomènes uniques de la République Islamique. Il suffit d’être dans les rues d’Iran pour entendre le plus profond langage politique et social des masses. Vous devriez être au milieu du peuple pour entendre le profondeur de l’hostilité au sein du mouvement pour une société laïque et égalitaire. Il suffit de faire quelques pas dans les vagues de la foule pour voir la profondeur de la solidarité et de l’unité pour changer le pouvoir politique en Iran. Même si les exécutions continuent, non seulement ils échoueront à faire retourner les gens chez eux, mais au contraire ils enfonceront de nouveaux clous dans le cercueil de la République Islamique. Ces derniers mois, le peuple du Kurdistan à été moins présent que dans d’autres régions sur la scène des protestations. Les raisons à cela doivent être analysées dans une autre discussion. Mais ce qui est clair pour tous, c’est que le Kurdistan est au cœur du mouvement révolutionnaire radical et est depuis longtemps au centre des transformations politiques en Iran. Aussi longtemps que continueront ces actes contre l’honorable peuple de cette immense partie de l’Iran, une grande force descendra dans les rues et au final l’avantage ne sera pas à la République Islamique.

Saeed Valadbaygi


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