Hier, nous avions publié des articles et appels à propos de la vague de terreur et de violences misogynes à Hassi Messaoud en Algérie. Cette vague de violences misogynes est particulièrement significative de la véritable guerre contre les femmes menées par les courants réactionnaires islamistes. Le sexisme, comme le racisme, est une honte pour l’humanité !

- Interview de Nadia Kaci, L’Express, 14 avril 2010
“Une volonté politique de nuire aux femmes algériennes”
Depuis plus de deux mois, la ville algérienne d’Hassi Messaoud est le théâtre d’expéditions punitives ultra violentes, menées par des groupes d’hommes contre des femmes. Une situation que la ville avait déjà connue en 2001. La comédienne algérienne Nadia Kaci avait prêté sa plume à deux victimes pour témoigner. Aujourd’hui, elle nous explique le retour du phénomène.
Depuis quand les violences ont-elles repris, et sous quelle forme ?
Ça a recommencé il y a un peu plus de deux mois et demi. Pratiquement toutes les nuits, des groupes d’hommes défoncent les portes, entrent et agressent les femmes à l’arme blanche. Ils les violent, les torturent et pillent leur maigre bien. C’est très comparable aux évènements de 2001, sauf qu’à l’époque, plus d’une centaine de femmes avait été agressée en trois nuits. Là, les violences sont les mêmes mais s’étendent dans la durée.
En 2001, un imam radical semblait, par ses prêches, être l’instigateur de ces expéditions. Est-il toujours en poste à Hassi Messaoud ?
Les femmes qui ont témoigné récemment m’ont raconté qu’un imam avait chauffé à blanc les hommes dimanche ( 11 avril, ndlr) soir. Mais elles n’ont pas su me dire son nom.
Comment réagissent les autorités locales à cette nouvelle vague d’agression ?
Dernièrement, la voisine d’une victime a appelé la police à deux reprises pendant une attaque. La première fois, ils lui ont dit d’aller se recoucher. La seconde, ils lui ont raccroché au nez. Après, ça ne répondait plus. On a vraiment l’impression de vivre dans une zone de non-droit. Certains disent que les policiers eux-mêmes ont peur des représailles s’ils interviennent. D’autant plus qu’il n’y a pas de suites judiciaires lorsque les suspects sont arrêtés.
Depuis 2001, le gouvernement n’a donc pas ouvert les yeux sur ce phénomène ?
Bien au contraire, il a tout fait pour les maintenir bien fermés. D’ailleurs, les violences faites aux femmes ont explosé depuis 2001. Mais tout est fait pour les décourager de porter plainte. J’en suis à me dire qu’il existe une réelle volonté politique de nuire aux femmes.
Pourquoi ?
Selon moi, il y a deux facteurs. D’abord, le code de la famille de 1984, dans lequel on a expliqué aux hommes qu’ils avaient tous les droits sur leurs femmes. Ensuite, l’impunité réservée aux intégristes qui ont torturé et violé pendant les années noires du terrorisme. Aujourd’hui, on les appelle même des “repentis”, alors qu’ils ne sont jamais repentis de rien! Ça revient à expliquer aux hommes qu’ils peuvent se défouler sur leurs femmes en toute impunité. C’est un message fort envoyé à la société.
Comment a été perçu en Algérie votre livre, Laissées pour mortes, écrit avec deux victimes ?
Il n’était pas vendu en Algérie. Mais le seul fait qu’il existe a été ressenti comme un immense espoir par toutes ces femmes. Les médias, quant à eux, ont applaudi l’initiative. Tout comme l’opinion publique, qui s’est mobilisée pendant quelques jours. Mais très rapidement, c’est retombé. En revanche, le ministère algérien de la solidarité nous a attaquées verbalement, et nous a traitées de menteuses.
Combien de femmes ont pour l’instant été victimes de cette nouvelle vague d’agressions ?
C’est très difficile à dire car elles ont peur de témoigner, et, bien sûr, il n’existe pas de chiffres officiels. Les victimes doivent même se battre avec les policiers pour qu’ils acceptent d’enregistrer leurs plaintes ! Aujourd’hui, les violences ont peut-être déjà atteint la même ampleur qu’en 2001, peut-être l’ont-elles même dépassée.
- Déclaration d’organisations algériennes de défense des droits humains :
Hassi-Messaoud : Halte à la “fatalité” de la terreur à l’encontre des femmes !
La Constitution algérienne consacre la sécurité des citoyennes et des citoyens. L’Algérie a ratifié la Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, la Convention contre la torture et autres peines et traitements cruels ou dégradants, la Déclaration sur l’élimination des violences faites aux femmes.
Au nom de ces principes, nous sommes profondément choqués par la nouvelle tragédie vécue par des femmes, venues de différentes régions d’Algérie, travaillant et vivant dans des habitations précaires à Hassi-Messaoud, une des villes les plus sécurisées du pays.
Le martyre qu’elles viennent de subir est la répétition macabre des évènements de 2001. Un sinistre 13 juillet 2001, une horde de 300 hommes armés attaquent une centaine de femmes et leur font subir les pires atrocités – un véritable lynchage – dans le quartier d’el-Haicha à Hassi-Messaoud.
Nous tenons d’abord à exprimer à ces nouvelles victimes notre solidarité, notre indignation et notre émotion face aux actes barbares que des criminels déchaînés commettent sans répit en venant et revenant plusieurs nuits de suite, depuis quelques semaines, sur les lieux de leurs forfaits.
Juillet 2001 … mars 2010
Même lieu.
Mêmes agressions.
Même type d’agresseurs lâches et cyniques provoquant des actes méticuleusement organisés, donc mûrement prémédités sinon commandités.
Même type de scénario d’horreur où les criminels regroupés et encagoulés terrorisent chacune des victimes parce que isolées et sans défense.
Même type de violences extrêmes où la rapine, les injures et la torture visent à humilier et à réduire à néant les femmes en tant que telles.
Même volonté par la valeur exemplaire de tels actes de terreur de dissuader toutes les femmes d’exercer librement leur droit au travail où que ce soit sur le territoire national et de les punir parce qu’elles vivent seules.
Au-delà du constat horrifié, de la condamnation des criminels et de la compassion pour les victimes, nous tenons aussi à souligner le caractère particulier de ces expéditions punitives qui rappellent étrangement non seulement les évènement de 2001 mais aussi toutes les autres agressions depuis vingt ans dans différentes régions d’Algérie ( Ouargla, Remchi, Bordj, Tebessa…). Elles rappellent étrangement, hélas, les viols collectifs des femmes par les terroristes, ce crime contre l’humanité, tâche noire qui a mis en péril notre avenir et celui de toute la société. Il s’agit donc d’une violence systématisée, construite, structurelle, orchestrée, autant d’éléments de gravité supplémentaire.
En effet, cette répétition et continuité d’actes odieux à l’encontre des femmes qui semblent se perpétuer comme une ‘fatalité’ n’est possible que parce qu’en 2001 le traitement de l’affaire de Hassi-Messaoud s’est réduit à une parodie de justice reléguant cette tragédie au rang de vulgaire fait divers.
Cette répétition et continuité d’actes intolérables n’est possible que par la complicité et le silence non seulement des institutions et des autorités locales mais aussi le laxisme de la société. D’ailleurs, l’absence de réaction citoyenne et de médiatisation de cet évènement est frappante et inquiétante.
Cette répétition et continuité de crimes contre l’humanité n’est possible que par l’impunité dont bénéficient les agresseurs contre les femmes.
Cette répétition et continuité de violation des droits de la personne humaine n’est rendue possible que par l’absence de l’Etat et des institutions censés protéger les citoyennes et les citoyens.
Est-ce que cela signifie qu’aucune femme ne peut se sentir en sécurité dans son propre pays et qu’aucun citoyen n’est protégé par la loi ?
C’est pourquoi, encore une foi, nous dénonçons avec force ces crimes et interpellons les pouvoirs publics pour qu’ils réagissent en urgence en assurant la protection de ces femmes victimes encore sous le coup de la menace quotidienne, et leur prise en charge globale (médicale psychologique, sociale et juridique). Nous sommes déterminés à soutenir toutes ces femmes victimes d’agressions inacceptables.
Signataires :
Réseau Wassila, ADPDF (Association pour la défense et protection des droits des femmes), AEF (Association pour l’émancipation des femmes), APF (Association du planning familial), ANADDE, ATUSTEP, Amusnaw, AVIFE (Association d’Aide aux Victimes de Violence Femmes et Enfants), CIDDEF (Centre d’Information et de Documentation /Droits des Femmes et des Enfants), Collectif des Femmes du Printemps Noir, Djazairouna, FEC (Femmes en Communication), Femmes PLD, LADDH Ligue Algériennne de Défense des Droits des Hommes), LADH (Ligue Algérienne des Droits des Hommes), RACHDA, SOS Femmes en Détresse, Tharwa Fatma N’Sumer, Fatiha Mamora et Rahmouna (deux femmes victimes des attaques de 2001 à Hassi Messaoud).




Un blog assez complet sur les violences contre les femmes à Hassi Messaoud (en 2001 comme en 2010) et plus largement la situation des femmes en Algérie :
http://hassi-messaoud.over-blog.com/
[...] comme ailleurs, halte à la terreur misogyne ! 20 04 2010 Nous avions déjà publié plusieurs articles sur la vague de violences et de terreur misogynes à Hassi Messaoud (Algérie), en particulier [...]
[...] : Quelques nouvelles 22 04 2010 Nous avions déjà publié plusieurs articles le 16 avril, le 17 avril et le 20 avril à propos de la vague de terreur misogyne à Hassi Messaoud, ville industrielle [...]
Quand est-ce que les intellectuels de gauche de l’Europe s’engageront
de nouveau pour la défense des femmes!
Sans leur complicité le statut des femmes dans les pays de langue arabe et/ou de tradition d’islam serait bien meilleur!
aspa sologlou
[...] Articles publiés le 17 avril [...]