A Hassi Messaoud comme ailleurs, halte à la terreur misogyne !

20 04 2010

Nous avions déjà publié plusieurs articles sur la vague de violences et de terreur misogynes à Hassi Messaoud (Algérie), en particulier l’appel à envoyer le plus massivement possible des courriers à Madame Rashida Manjoo, Rapporteure spéciale sur les violences faites aux femmes à l’ONU. Cette nouvelle vague de violences et de terreur à l’encontre des femmes vivant seules dans cette ville ouvrière et industrielle, l’absence totale de protection de la part de la police et des autorités algériennes dans cette ville qui est réputées être une des plus sûre d’Algérie et de véritables jugements et condamnations des hommes qui ont appelé et participé au véritable pogrom misogyne du 13 juillet 2001, tout cela rappelle malheureusement trop ce que subissent bien des femmes, au Maghreb comme au Machrek, en Afrique ou au Moyen-Orient, victimes des pires traditions patriarcales, des appels à la haine des intégristes et des législations discriminatoires.

Pour plus d’informations, un blog assez complet publie de très nombreux articles en français tant sur les crimes de 2001 que de ceux de 2010 : Femmes de Hassi Messaoud

Quelques nouveaux articles :

Non au Lynchage des femmes ! Non à "l’amnistie nationale" !

Nous sommes révoltées devant la folie meurtrière des intégristes islamistes qui a fait une nouvelle fois rage dans le quartier « d’El Haicha » à Hassi-Messaoud, ville pétrolifère du Sud de l’Algérie. Nous n’avons pas oublié la nuit funèbre du 13 juillet 2001 au cours de laquelle près de cinquante femmes ont vécu le martyre dans ce même quartier. En effet, cette nuit là, plusieurs centaines d’individus déchaînés suite au prêche d’un imam s’étaient armés de matraques, de couteaux et de sabres pour s’attaquer aux travailleuses et à leurs enfants.

Jusqu’où ira la barbarie ? Près de dix ans après l’expédition punitive de 2001 le scénario de l’horreur se reproduit encore ! A nouveau le sabre, le couteau, la hache et le bâton contre des femmes sans défense. Elles sont agressées, torturées, violées, assassinées. Depuis plusieurs semaines, le terrorisme fait de nouveau rage et les femmes, toujours et encore elles sont les boucs émissaires d’agresseurs qui tentent d’imposer leur ordre à la société.

Malgré les dépôts de plainte au commissariat, la police s’est figée dans une inertie totale. Les plaintes sont classées sans suite. Aucune mesure n’est prise pour juguler le climat de violence. Dans cette zone sous haute protection, cela signifie-t-il qu’aux yeux des pouvoirs publics algériens la sécurité des bases pétrolières est plus précieuse que les vies humaines !!

Evidemment, cette situation gravissime est le corollaire de toutes les dérives scandaleusement baptisées «rahma», «concorde civile», «réconciliation nationale» mais qui en fait, au nom de « l’amnistie nationale » banalisent voire légalisent le crime, le viol, le kidnapping et menacent l’avenir de l’Algérie sur l’autel du compromis avec l’islamisme politique.

Ces dispositifs n’ont jamais assuré la protection des victimes de la terreur islamiste, elles n’ont pas rendu justice aux familles des victimes, ni aux victimes elles-mêmes et en particulier les survivantes des massacres de HASSI MESSAOUD. Au contraire, ce sont les victimes qui doivent se cacher, se taire, se résoudre à la fuite, au silence, quand ce n’est pas à l’exil.

Ces évènements tragiques mettent une nouvelle fois à l’ordre du jour la nécessité d’abroger le Code de la famille qui ravale les femmes au statut de sous-citoyennes et cultive dans les esprits un obscurantisme d’un autre âge.

L’Etat algérien a failli à sa première mission qui est d’assurer la sécurité de ses citoyens et citoyennes.

L’Initiative Féministe Européenne IFE-EFI est aux cotés des féministes algériennes pour appeler toutes les forces démocratiques à manifester leur solidarité avec les femmes de Hassi-Messaoud et exiger :

  • la cessation de la terreur qui règne contre les femmes à Hassi-Messaoud et la fin de toutes les exactions,
  • la mise en place d’une protection immédiate et exceptionnelle pour garantir la sécurité, l’intégrité physique de ces femmes et leur droit au travail,
  • la reconnaissance publique par les autorités locales et territoriales des actes de terrorisme dont elles sont victimes,
  • la mise en place de poursuites judiciaires contre tous ceux qui ont été confondus de crimes à leur encontre,
  • la mise en œuvre d’une procédure de justice destinée à mettre un terme à l’impunité des actes de vandalisme et de terrorisme.

La Coordination Européenne de l’IFE-EFI, 15 avril 2010

Premières organisations signataires : Initiative Féministe Européenne IFE-EFI (Europe) France, Pays d’Aubagne, Italie, Pologne, Suède, Angleterre, Croatie….
FEMMES SOLIDAIRES -  UNION DES FAMILLES LAIQUES (UFAL) – Collectif Femmes PARTI POUR LA LAICITE ET LA DEMOCRATIE / Algérie -  Organisation for Women’s Liberation / Iran-  Secularism is a women’s issue (SIAWI) – Ligue du Droit International des Femmes

Premières personnalités signataires : Wassyla TAMZALI, écrivaine – Anne Marie LIZIN, sénatrice honoraire belge
Marieme HELIELUCAS, Coordinatrice réseau SIAWI – André GOMAR, président association laïque de Saint-Denis
Hakim ARABDIOU, militant laïque algérien

  • Interview de Soad Baba-Aïssa, L’Humanité, 17 avril 2010

« Il faut amplifier 
la mobilisation », Soad Baba-Aïssa, coordinatrice de l’initiative féministe européenne.

Comment réagissez-vous aux exactions subies par les femmes de Hassi Messaoud  ?

Soad Baba-Aïssa. Nous sommes révoltées que des femmes puissent être lynchées sans que cela ne suscite de réaction de la part du gouvernement algérien. Malgré les dépôts de plaintes au commissariat, la police s’est figée dans une inertie totale. Les plaintes sont classées sans suite. Aucune mesure n’est prise pour juguler le climat de violence. Dans cette zone sous haute protection, cela signifie-t-il qu’aux yeux des pouvoirs publics, la sécurité des bases pétrolières est plus précieuse que les vies humaines  ?

Comment expliquez-vous cette situation  ?

Soad Baba-Aïssa. Elle est le corollaire de toutes les dérives scandaleusement baptisées «  concorde civile  » ou «  réconciliation nationale  », mais qui, en fait, au nom de «  l’amnistie nationale  », banalisent le crime, le viol, le kidnapping, et menacent l’avenir de l’Algérie sur l’autel du compromis avec l’islamisme politique. Ces dispositifs n’ont pas rendu justice, en tout cas pas aux survivantes de Hassi Messaoud qui avaient échappé aux exactions de l’été 2001. Au contraire, ce sont elles qui doivent se cacher, se taire ou se résoudre à la fuite.

Que faire contre ces violences sexistes  ?

Soad Baba-Aïssa. Ces événements mettent une nouvelle fois à l’ordre du jour la nécessité d’abroger le Code de la famille qui ravale les femmes au statut de sous-citoyennes et cultive l’obscurantisme. Notre association appelle à élargir la mobilisation pour soutenir ces victimes et exiger une protection immédiate afin d’assurer leur intégrité physique et leur droit au travail.

  • Quand des "notables de la région" interviennent non pas pour dénoncer les violences, mais les articles et organisations qui en parlent… discours là aussi trop souvent entendu : "l’honneur" (de la région, de la nation, de la famille, etc.) n’est pas tant terni quand des hommes commettent des agressions contre des femmes, mais quand ces agressions sont dénoncées ! Le Temps d’Algérie, 18 avril 2010.

Pour l’honneur de la région

On ne sait pas vraiment qui ils sont, puisqu’ils se sont exprimés dans le plus courageux anonymat, mais on sait qu’ils se sont autoproclamés «notables de la région de Ouargla» et ils l’ont écrit dans une déclaration envoyée récemment aux autorités, à la… presse et assez largement diffusée aux habitants de Hassi Messaoud.

Que dit ce «tract» ? Toute l’indignation des «notables» et donc certainement de toute la population de la région «souillée» par des écrits de presse relatant de «prétendues agressions contre des femmes et de prétendus vols de leurs biens».

Revenons sur les faits. Un quotidien national a publié récemment un reportage sur des femmes de Hassi Messaoud, souvent seules ou avec des enfants en bas âge qui, en plus de vivre dans une pénible précarité sociale, se font régulièrement agresser par des groupes de jeunes où se mêlent également l’arrière-pensée de rédemption morale et l’action criminelle de l’agression physique et de vol.

Evidemment, la journaliste qui a relaté les faits ne pouvait logiquement pas manquer de faire le lien avec ce qui s’était passé il y a maintenant près d’une décennie dans la même ville, plus exactement dans le quartier d’El Haicha où des dizaines de femmes, vraisemblablement de même condition, avaient fait l’objet d’un vrai lynchage dont elles portent encore les traumatismes.

A l’époque, les auteurs de ces agressions avaient été arrêtés et condamnés dans une succession de procès dont on aura tout dit quant à leur équité.

L’agression n’a peut-être pas été punie avec la sévérité qu’auraient pu mériter sa gravité et sa flagrance, mais on ne refait pas l’histoire, même si elle est encore toute fraîche.

Le problème est qu’elle recommence apparemment. Et les «notables» de Ouargla, gardiens intrépides de la «réputation» de «leur» région ont quand même le mérite de la franchise : ils ne contestent même pas les faits qu’ils n’ont à aucun moment tenté de démentir et c’est le fait d’en parler qui soulève leur courroux, poussé au paroxysme par le fait que les «allégations» parviennent jusqu’aux médias… français qui les exploitent de manière «malveillante».

Les «notables» ne s’arrêteront pas en si bon chemin dans leur franchise, puisqu’ils considèrent que ce nouvel épisode dans «l’entreprise d’avilissement de la région connue pour son conservatisme» n’est qu’un remake de «l’affaire El Haicha et les prétendues agressions contre les femmes en 2001» !

Pourtant, à l’époque, des femmes ont bien été blessées et hospitalisées, des hommes ont été arrêtés, des procès ont été tenus à Ouargla, puis à Biskra et des coupables ont été condamnés.

Ils en appellent aux autorités, mais ils ne disent pas pour quoi faire. Et ils ont raison, parce que si c’est pour l’éclatement de la vérité, les «notables» la connaissent manifestement puisque c’est un «remake» de ce qui s’est passé il y a neuf ans. Pour que ça ne se sache pas, alors ? Probablement, mais ça va être terriblement difficile.

Quelques textes dans d’autres langues :

En anglais :

En arabe :

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22 04 2010
Hassi Messaoud : Quelques nouvelles « Révolution en Iran

[...] 22 04 2010 Nous avions déjà publié plusieurs articles le 16 avril, le 17 avril et le 20 avril à propos de la vague de terreur misogyne à Hassi Messaoud, ville industrielle d’Algérie, [...]

23 04 2010

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