Interview de Hamid Taqvaee sur la situation en Tunisie

28 01 2011

Interview de Hamid Taqvaee, dirigeant du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran sur l’actuelle révolution en Tunisie réalisé par "Vers le socialisme", journal du Part Communiste-Ouvrier de Gauche d’Irak et publié en arabe à Bagdad. L’interview a été publiée dans un numéro spécial sur la révolution en Tunisie et traduite en anglais et publiée le 27 janvier sur le blog du PCOI.


  • Vers le socialisme : Les événements en Tunisie ont commencé avec l’immolation par le feu d’un homme pour protester contre le chômage, l’humiliation et l’incapacité d’avoir de quoi vivre. Comment expliques-tu les immenses manifestations ensuite qui ont conduit à la fuite de Ben Ali ?

Hamid Taqvaee : L’homme qui a protesté en s’immolant par le feu représentait l’immense majorité du peuple tunisien. La majorité des gens subissent le chômage, la pauvreté, les bas salaires et les prix élevés et l’actuelle insurrection montre que les gens ne peuvent plus supporter le status quo. En plus, le peuple de Tunisie a été opprimé pendant 23 ans par un régime brutal et corrompu. Lorsqu’il y a quelques semaines, les gens ont appris l’existence de milliards de richesses entre les mains de la famille Ben Ali, ce fut la dernière goutte. La majorité des Tunisiens, comme les gens d’Iran ou de tout autre pays soumis à une dictature brutale haïssaient depuis longtemps leur gouvernement et le régime en place, mais une révolution surgit sous certaines conditions politiques. Dans le cas de la Tunisie, une pauvreté indescriptible contraste avec les inimaginables richesses du dictateur de de sa bande qui profitent de la situation.  La révolution a déjà réussi à renverser Ben Ali, mais ce n’est que le début. Le dictateur a fuit mais la dictature est toujours présente. La révolution doit, et il semble que c’est ce qu’elle fait, aller de l’avant pour renverser tout le régime.

  • Vers le socialisme : La révolution en Iran qui a eu lieu il y a environ un an et demi et qui continue de s’exprimer à différentes occasions avait une nature similaire : l’irruption de la révolte de millions de personnes, de jeunes, de femmes, d’intellectuels, d’ouvriers, de chômeurs, etc. après que le résultat des "élections" ait été annoncé. Vois-tu des similitudes entre les événements en Iran et les événements actuels en Tunisie ?

Hamid Taqvaee : La population d’Iran subit une dictature brutale depuis plus de trois décennies. En Iran comme en Tunisie, les gens font face à la pauvreté, au chômage, à la corruption du gouvernement et de toutes les autorités, à l’absence de libertés politiques et de droits civils, aux persécutions, aux arrestations, à la torture et aux exécutions des membres des partis d’opposition, de militants politiques et même de personnes qui ne sont pas complètement d’accord avec le leader suprême, etc. Le soulèvement de 2009 était une protestation de masse contre cette situation. Je crois que l’actuelle révolution en Tunisie, en ce qui concerne les buts immédiats et les revendication du peuple, est très proche du soulèvement de 2009 en Iran. Dans ces deux pays, les gens protestent contre un régime corrompu et brutal, et luttent pour la liberté, l’égalité, le bien-être et une vie décente.

Je crois que les événements actuels en Tunisie auront un impact crucial sur la situation en Iran. Vous pouvez déjà voir des slogans comme "Après Ben Ali, c’est au tour de Seid Ali" sur de nombreux sites et groupes internet en référence à Seid Ali Khameini, le leader suprême de la République Islamique d’Iran.

  • Vers le socialisme : Ben Ali s’est maintenant enfuit mais le régime est toujours en place. Que dis-tu au peuple de Tunisie ? Que c’est fini ? Sinon comment devraient-ils procéder ?

Hamid Taqvaee : Bien sûr que ce n’est pas fini et les gens dans la rue le savent. C’est la raison pour laquelle personne n’a accepté le gouvernement intérimaire et que Ghanochi, qui est lui-même issu du gang de Ben Ali, fait face chaque jour à la démission de ses ministres.  Comme je l’ai dit, la dictature, le régime, est toujours en place. La classe dirigeante et les forces réactionnaires, dont les puissances occidentales et tous les gouvernements du monde arabe, tentent de faire avorter la révolution et de sauver et maintenir autant de pans de l’appareil d’Etat qu’elles peuvent. C’est le cas classique de la réaction des forces anti-révolutionnaires. La révolution peut et doit avancer jusqu’au renversement de tout le système.

  • Vers le socialisme : A ton avis qu’elles sont les revendications fondamentales des gens face à n’importe quel gouvernement qui remplacerait l’ancien ? Pourquoi des revendications spécifiques sont importantes pour que les gens se défendent dans ce contexte ?

Hamid Taqvaee : Le tout premier et urgent but de toute révolution est de renverser le vieil appareil d’Etat et le système politique. Toutes les autorités et tous les individus qui ont participé à la dictature de Ben Ali doivent être poursuivis et jugés. Tous sont des criminels et n’ont aucune légitimité pour participer à un nouveau gouvernement ou aux élections. La révolution est contre eux et ce n’est qu’en arrêtant ces criminels et en les jugeant que l’on peut avancer. e même, toutes les lois et institutions réactionnaires doivent être abolies. Tous les prisonniers politiques doivent être libérés. D’autres revendications urgentes du peuple sont la liberté civile et politique, la liberté d’expression, de presse, de rassemblement, de grève et de manifestation, l’abolition de la peine capitale, l’abolition des lois discriminatoires en particulier contre les femmes. Comme je l’ai indiqué avant, une des principale cause de la révolution c’est la pauvreté et le chômage. Aussi, des emplois décents et une allocation chômage pour tous ceux en âge de travailler est une tâche immédiate pour tout gouvernement qui veut le soutien du peuple. Ce sont les revendications minimales et fondamentales de la population et qui doivent être accepté par tout gouvernement mais aussi tout parti de l’opposition. Ce sont les critères que les gens doivent utiliser pour faire la différence entre les forces révolutionnaires et réactionnaires dans la situation politique d’aujourd’hui en Tunisie.

  • Vers le socialisme : Penses-tu que les islamistes pourraient arriver au pouvoir comme une alternative ? Que penses-tu de cette question ? Que dis-tu aux gens qui voient les islamistes mobiliser et appeler à des prières de masse dans les rues de Tunisie ? Suffit-il d’être un parti d’opposition ou réprimé par l’ancien régime pour être considéré comme "démocratique" ? Pourquoi ?

Hamid Taqvaee : Je ne crois pas que les islamistes aient beaucoup de chance d’arriver au pouvoir par leurs propres moyens. La Tunisie n’est pas le Liban ou la Bande de Gaza et les islamistes n’y ont pas beaucoup d’influence sociale. La Tunisie est un pays laïque et moderne et la population et sa révolution n’ont pas jusqu’à ce jour montré la moindre intention de se diriger vers l’islamisme. Je crois que la seule possibilité pour que les groupes islamistes émergent comme une alternative pour le pouvoir politique en Tunisie est d’obtenir le soutien des Etats occidentaux et cela n’est pas très probable, à moins bien sûr que les puissances occidentales ne trouvent pas d’autres alternatives. Cependant, étant donné le statut général de l’Islam politique dans la région et la présence d’un parti islamiste d’opposition en Tunisie, la menace de l’islamisme doit être prise très sérieusement.

Pour répondre à la deuxième partie de ta question, je dois mettre en avant que le fait qu’un parti soit dans l’opposition à une dictature n’en fait pas forcément un parti démocratique et progressiste. Khomeini en Iran s’opposait au régime du Shah et était une figure très réactionnaire. Si le peuple iranien a découvert la véritable nature de l’Islam politique en passant par un chemin difficile, les tunisiens n’ont pas à passer par là. L’expérience de la République Islamique en Iran, des Talibans en Afghanistan et des groupes islamistes en Irak montre que partout l’Islam politique, au pouvoir ou dans l’opposition, est une force réactionnaire et une importante barrière devant les gens, en particulier les femmes, pour accéder à la liberté et à l’égalité. Le peuple de Tunisie doit être conscient du danger des groupes islamistes et n’accepter aucune interférence de la religion ou de la Charria dans le gouvernement, le système éducatif, les lois ou le système judiciaire.

  • Vers le socialisme : Le Parti Communiste-Ouvrier de Gauche d’Irak soutient la révolution en Tunisie. Quel rôle penses-tu que ce parti peut jouer dans cette révolution à des milliers de kilomètres ? Comment le communisme-ouvrier peut-il être actif et efficace ?

Hamid Taqvaee : Je pense que votre parti peut jouer un rôle important. Un des bénéfices de dictateurs comme Ben Ali pour la classe dirigeante, c’est la répression des militants et des partis communistes et révolutionnaires qui peuvent, quand la révolution émerge, emmener les gens vers la liberté. C’est pour cela qu’il est du devoir de tous les militants communistes et révolutionnaires dans le monde de contribuer par tous les moyens qu’ils peuvent à soutenir, montrer la voie, formuler et articuler les buts et les revendications du soulèvement du peuple contre les gouvernements existants où que ce soit dans le monde. Et dans le cas de l’actuelle révolution en Tunisie, votre parti peut être très efficace. Vous parlez la même langue, vous avez une riche expérience de confrontation avec toute forme de forces réactionnaires en Irak, et avant tout vous représentez le communisme-ouvrier, une force radicale et active en Iran, en Irak et partout dans le monde, qui critique et combat le nouvel ordre mondial, c’est-à-dire le capitalisme post-guerre froide, et l’Islam politique en même temps. Tous ces facteurs donnent à votre parti une place unique pour aider le peuple et les groupes et militants radicaux et révolutionnaires en Tunisie.


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