Récit de l’arrestation des militants ouvriers à Karaj

28 06 2012

Le vendredi 15 juin, lors d’un raid contre un domicile à Karaj, non loin de la capitale Téhéran, les forces de sécurité du régime ont arrêté plus de 60 militants ouvriers. Neuf d’entre eux sont toujours en détention. Voilà un récit de l’intervention des forces de répression traduit par l’International Alliance in Support of Workers in Iran (IASWI).

Quelqu’un parle et d’autres attendent leur tour pour prendre la parole au sujet des salaires modestes et du niveau de vie désastreux de la classe ouvrière, des contrats blancs, à durée déterminée, des licenciements collectifs qui se succèdent …

Une soixantaine de membres du Comité de coordination pour la création d’organisations ouvrières, quelques militants ouvriers et invités se sont réunis dans une maison de la banlieue ouvrière de Karaj où se tient ce jour-là l’assemblée générale annuelle du Comité. La plupart s’y sont rendus directement de leur travail et ressentent encore la fatigue. Il est presque midi et ils vont bientôt déjeuner. La maison est petite, les gens doivent s’asseoir serrés et parler bas pour ne pas déranger les voisins…

Soudain des cris et des détonations retentissent dans le hall d’entrée. On s’arrête de parler et on se précipite vers la porte pour aller voir ce qui se passe… mais brusquement la porte se fracasse et des hommes armés rentrent en nombre et crient : « Tous à terre, salopards,… sinon on tire ! »

Certains protestent « qui êtes-vous ? Montrez votre mandat ! » mais ils sont accablés de coups de bâtons, de gifles et d’insultes. Les agents les allongent tous au sol et les menottent les mains dans le dos. Quelle vision ! Le sol est couvert de travailleurs, les agents marchent sur leur dos et on entend les os craquer. Ils hurlent et insultent, ils frappent énergiquement certains. Je relève la tête pour regarder, je vois un vieil homme (Rahman Ebrahim Zadeh) accroupi sous les coups de poing et de pied d’un jeune; plus loin, c’est Mahmoud Salehi qui est battu et probablement sur les reins; Mohammad Abdi-Pour continue à protester contre cette intrusion illégale, malgré les coups répétés; c’est pareil pour Maziar Mehr-Pour ; Vafa Ghadéri , avec sa silhouette menue, reste ferme comme une roche; Ils jettent une jeune femme violemment la tête contre le mur… Brusquement je suis assommé et roué de coups : « Baisse la tête, imbécile ! ». Quinze minutes plus tard, ils relèvent tout le monde, pieds nus, et les font passer un par un dans le couloir, devant une caméra tenue par un agent ; deux étages plus bas, est posté un autre dont la mission c’est de donner un coup de pied à celui qui passe devant lui ; on doit passer sous une canalisation endommagé par les tirs d’où l’eau coule. Les voisins attroupés, effrayés par ce vacarme et les détonations demandent qui ils sont, ce qu’ils ont fait ? Et les agents répondent qu’ils sont des corrompus, des terroristes !

Des dizaines de véhicules de la police et de la sécurité et de nombreux agents lourdement armés – comme s’ils venaient combattre un régiment militaire ou arrêter de dangereux malfrats – attendent dehors. Ils nous poussent par la tête dans les camionnettes, quelques uns tombent par terre, ils frappent la tête d’un vieux contre la portière, le sang commence à jaillir de son front blessé, quelques-uns se trouvant près de lui protestent et l’aident à monter. Ils amassent beaucoup de gens dans chaque véhicule de sorte qu’on a du mal à respirer, il fait étouffant, on est serrés les uns contre les autres, les poignets blessés par les menottes en caoutchouc. Les camionnettes démarrent, environ une demie heure plus tard on arrive à la prison de Rajaï-Shahr. Ils nous font descendre, pieds nus, sur le sol brûlant de la cour, certains ont aussi les pieds attachés. Ils nous mettent en rang, vident le sac contenant les chaussures devant nous. Une fois tous chaussés, on est dirigés vers la porte d’entrée, nos yeux sont attirés par un écriteau sur le fronton : « L’année de la production nationale, de la défense du travail et du Capital iraniens »

Un sourire se dessine au coin des lèvres, on se regarde et on rit. On traverse les couloirs sinueux de la prison du Capital. On est stoppés et ils nous bandent les yeux. Un agent crie : « Face contre le mur, videz vos poches, baissez la tête ». Ceux qui ne baissent pas la tête, sont frappés à la nuque. On est répartis dans des cellules, on discute, le moral est bon, « Nous défendrons le Comité et le mouvement ouvrier, nous n’avons fait que défendre les droits de ceux qui appartiennent à notre classe et nous nous battrons jusqu’au dernier souffle », et ce fut ainsi. Dans la soirée, de longs interrogatoires, souvent accompagnés de coups et d’injures, ont commencé. Ils essayaient ardemment de relier les détenus aux diverses organisations politiques mais en vain ; tout le monde a pris la défense du mouvement ouvrier et du Comité de coordination. Cela a duré jusqu’au lendemain soir.

Samedi soir ils ont ouvert les portes des cellules, lu une liste de personnes à libérer, mais neuf d’entre nous restent encore enfermés. L’un d’eux, Faramarz Fetrat Nejad est gravement malade et nécessite des soins médicaux. Une autre, Reyhaneh Ansari est veuve et s’occupe seule de sa jeune fille. Jalil Mohammadi s’occupe seul de sa vieille mère. L’inquiétude est grande quand au sort du militant ouvrier Aliréza Asghari qui a subi un interrogatoire musclé car il refusait leurs accusations mensongères. Les familles et les proches de Maziar Mehr Pour, Saïd Marzban, Sirus Fathi, Mitra Homayouni, Massoud Salim Pour, sont sans nouvelles.

Et pourtant, il y a quelques jours, à la session annuelle de l’O.I.T, le gouvernement iranien a eu droit à de nouveaux mandats et malgré les rapports et les dénonciations des activistes ouvriers iraniens et étrangers témoignant de la répression exercée contre les travailleurs, les militants ouvriers et leurs organisations en Iran, cette organisation internationale, de part sa nature, s’est rangée aux côtés du capitalisme, approuvant de la sorte la répression en cours.

Un témoin direct
18 juin 2012

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