Déclaration de Nazanin Afshin-Jam suite à l’exécution de Behnood

11 10 2009

Déclaration de Nazanin, présidente et co-fondatrice de l’organisation « Stop Child Executions » (Stop aux exécutions d’enfants) peu après l’exécution de Behnood.

Je reste éveillée dans mon lit. Me tournant et me retournant en pensant à son visage. Je viens d’avoir la terrible nouvelle de la perte d’un de nos enfants : Behnood Shojaei.

Il est un des 160 enfants dont nous avons essayé de sauver la vie ces dernières années, mais il n’est pas un numéro. C’était un joli garçon avec des rêves et des aspirations. C’était un garçon qui s’était trouvé au mauvais moment au mauvais endroit, où a eu lieu une bagarre et où un autre garçon a été tué. Meurtre avec préméditation ? Non. Accident ? Oui. Auto-défense ? Peut-être. Nous ne saurons jamais exactement ce qui s’est passé ce jour là, mais nous savons qu’il avait 17 ans au moment des faits. C’était un mineur et selon les traités internationaux que l’Iran a signé, c’est contraire aux lois internationales des droits humains d’exécuter quiconque a commis un délit avant ses 18 ans. C’était un garçon qui avait échappé cinq fois au bourreau. A chaque fois, un bout de lui-même est mort. A chaque fois, les bénévoles de notre organisation « Stop child executions » et d’autres groupes pour les droits humains luttant pour ces enfants, avions un poids sur le cœur. Nos cœurs meurtris guérissaient avec un nouvel espoir que nos efforts feraient la différence. Nous sentions que nos demandes continuelles pour une actions urgentes des Nations Unies, de l’Union Européenne, des gouvernements du monde, des groupes pour les droits humains, des individus et spécialement des avocats courageux et désintéressés qui représentent ces enfants, feraient la différence. Cette fois nous n’avons pas réussi. Cette fois, avec le décès de Behnood Shojai, lorsque le tabouret a été retiré sous ses pieds, nos espoirs aussi ont été asphyxiés.

J’ai appelé l’avocat de Behnood, Monsieur Mohammad Mostafaei, qui représente des douzaines d’enfants dans les couloirs de la mort. La première chose que je lui ai demandé est « est-ce vrai ? ». Avec une voix triste, pleine de larmes et rauque, il a confirmé le cauchemar. Il a dit que des centaines de gens étaient venus aux portes de la prison pour faire pression et stopper l’exécution et pour prier la famille de la victime de pardonner Behnood. La mère de la victime a déclaré qu’elle attendrait jusqu’à ce qu’on lui passe la corde autour du coup pour décider de son sort. Selon la législation iranienne, dans les cas de meurtre appelé crimes « ghesas », la famille a le droit de décider du sort de l’accusé. La famille est autorisée à demander une compensation financière à la place de l’exécution. Après des délibérations pendant des années, la mère a choisi la mort. Monsieur Mostafaei a vu de ses propres yeux Behnood perdre la vie derrière les murs de la prison. J’étais en état de choc lorsqu’il m’a raconté son histoire. Tout ce que je pouvais lui dire c’était combien j’étais désolée et combien nous le remercions tous pour ses efforts. Dans des moments comme cela, je me sens si paralysée que les mots justes ne sortent pas.

A la famille de Behnood, à Monsieur Mostafaei, à tous les gens amoureux de la liberté qui veulent voir la fin des violations des droits humains en Iran :

Je fais le vœux que la bataille n’a fait que commencer. Chaque goutte de sang d’une victime d’un crime contre l’humanité commis par la République Islamique d’Iran agira comme une goutte de sang pour alimenter notre action pour le changement.

Alors que des ailes ont poussé dans le dos de Behnood pour qu’il vole vers le paradis, notre force poussera aussi pour mener une grande lutte pour ouvrir la voie vers la démocratie en Iran avec un système judiciaire adéquat, où existera le règne de la loi et où les enfants joueront et riront plutôt que de languir derrière les barreaux et être tués sans pitié.

Je fais ce vœux.  Qui se joindra à moi ?

Je prie Dieu que l’âme de Behnood repose en paix et que Safar Angooti, dont l’exécution est prévue dans dix jours, reçoive un sursis.

Avec amour,

Nazanin Afshin-Jam
Présidente et co-fondatrice
Stop Child Executions


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