Moi, Hamed Rouhinejad, condamné à mort, veux vous raconter mon histoire

15 10 2009

Après le témoignage des frères de Naser Abdolhosseini, condamné à mort après avoir été accusé de participer aux manifestations post-électorales, celui d’Hamed Rouhinejad, lui aussi condamné à mort après les procès-spectacles… alors qu’il se trouvait déjà en prison avant l’élection présidentielle. Ce témoignage a été publié par Militants pour les Droits Humains en Iran le 15 octobre 2009.

Hamed Rouhinejad est un jeune prisonnier qui souffre de sclérose en plaque. Il a été arrêté sur de fausses accusations avant l’élection présidentielle.

Avec le début des protestations post-électorales, il est devenue un pion dans le scénario écrit par l’appareil du renseignement. Il a été intimidé et trompé pour jouer le rôle d’un émeutier lors des procès-spectacles. La conséquence fut qu’il a été condamné à mort. Dans une lettre écrite à HRA (Militants des Droits Humains en Iran), Rouhinejad explique comment il a été trompé et sacrifié dans un scénario écrit à l’avance. Ce qui suit est cette lettre dans sa totalité.

« Moi, Hamed Rouhinejad, fils de Mohammad Reza, condamné à mort par le district 28 du Tribunal Révolutionnaire, voudrais vous parler de ma vie et de ma situation actuelle.

J’ai passé mon enfance dans les rues sinueuses du sud de Téhéran. Nous survivions avec les maigres revenus de mon père. Il travaillait de l’aube jusque tard dans la nuit. Il acceptait toujours les plus durs travaux pour amener du pain sur la table. Je me souviens encore comme il était difficile pour nous de voir son visage triste.

Je ne pourrais jamais oublier comment j’ai grandi parmi ces gosses qui vivaient tous dans la pauvreté, mais mon plus dur souvenir ce sont les mains craquelées de ma mère, qui lavait tout à l’eau froide sans jamais se plaindre. Elle ne se préoccupait que de nous rendre la vie plus facile. Elle essayait de rattraper notre pauvreté et l’injustice sociale par son amour. Je me souviens des jours où je marchais sans m’arrêter dans les rues pour trouver un cadeau à acheter à mes parents avec le peu d’argent qu’ils m’avaient donné.

Quoiqu’il en soit, notre pauvreté et les difficultés auxquelles nous faisions face en tant que famille de la classe ouvrière et les énormes dépenses de mon traitement comme malade atteint de la sclérose en plaque m’ont poussées à quitter le pays. Je ne voulais pas imposer à ma famille plus que ce à quoi ils devaient déjà faire face.

J’ai quitté l’Iran avec l’espoir d’aller aux États-Unis ou dans un pays européens, mais malheureusement le voyage s’est terminé en Irak. Les trafiquants d’humains pnt pris tout mon argent. J’ai été détenu quatre mois à Erbil. Après ma libération, j’ai commencé à travailler nuits et jours dans un restaurant pour me faire de l’argent, mais la détérioration de ma sclérose en plaque et la solitude de mon exil m’ont poussées à rentrer en Iran. Mon retour était complètement légal et s’est fait en lien avec le ministère des renseignements.

A mon retour, je suis allé voir les fonctionnaires du renseignement et leur ai tout dit à propos de mon voyage. Après m’avoir écouté, ils m’ont dit : « tu n’as commis aucun crime et tu peux retourner à l’université ». Malheureusement, dix mois plus tard, le 4 mai 2009, j’ai été arrêté et détenu jusqu’à ce que je puisse être utilisé dans les procès des élections.

Pendant mes 40 jours de détention dans une petite cellule de la section 209 d’Evin, la seule chose qui a empêché ma sclérose en plaque d’empirer fut la lecture du Coran et de Nahjolbalagheh et les prières à Dieu. Malgré leurs premières promesses, j’étais menacé chaque jour d’être torturé ou exécuté, comme si quitter le pays un crime punissable par la peine de mort. La pression était si intense que j’ai perdu la sensibilité de 80% de la partie droite de mon corps. J’étais paralysé et j’ai perdu la plus grande partie de la vision à l’œil droit. Avec l’aide de Dieu, j’ai retrouvé la plupart de la sensibilité de mon corps, mais mon œil est encore flou et m’empêche de voir clairement ce qui m’entoure. A ce moment, je les ai suppliés et écrit plusieurs lettres au docteur de la prison et de la section pour qu’on m’aide. Hélas, non seulement ils n’ont pas pris en compte mes demandes répétées de soins médicaux, mais ils m’ont emmené aux procès publics, boitant et dans un état pitoyable. Malgré mon état physique et psychologique, je n’avais droit ni aux visites en prison ni aux appels téléphoniques. Ma détention et les mauvais traitements dans les prisons irakiennes sont très éloignés de ce que j’ai vécu à Evin. Le moment le plus difficile de ma détention, c’était quand j’entendais les mères qui pleuraient pour leurs enfants ou les sanglots des pères qui ne pouvaient pas embrasser leurs proches.

Je n’ai entendu parler des élections qu’un jour après qu’elles soient finies. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait à l’extérieur de la prison. Je ne savais rien des protestations populaires massives qui avaient lieu à travers le pays. J’ai été attiré et emmené au procès des gens qui avaient contesté les résultats électoraux, alors que je n’avais rien à voir avec cela. Je n’y suis allé que parce que mes enquêteurs m’avait promis de me rendre ma vie en échange de ma complicité. Aussi je suis allé au tribunal et j’ai écrit sur un papier ce qu’ils voulaient et déclamé leurs mots comme si c’était mes propres actions.

Aujourd’hui, en tant que prisonnier politique, je déclare que je n’ai jamais appartenu à aucun parti ou groupe politique. Je n’ai jamais rien eu à voir avec les élections. Je nie avoir des liens avec l’API (Anjoman Padeshi Iran).Je nie toutes les accusations portées contre moi. »


Actions

Information

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :