« En Iran, ils vous forcent à avouer tout ce qu’ils veulent »

17 01 2010

Article publié le 17 janvier dans « Le Parisien » :

Comme Clotilde Reiss, qui connaîtra bientôt son sort, la cinéaste Mehrnoushe Solouki a connu les geôles de la sinistre prison d’Evin. Elle témoigne sur ce « palais de la mort ».

Arrêtée le 17 février 2007 alors qu’elle tournait en Iran un documentaire sur des fosses communes auxquelles elle n’aurait pas dû s’intéresser, la cinéaste franco-iranienne Mehrnoushe Solouki, 39 ans, a été détenue comme Clotilde Reiss de longues semaines à la prison d’Evin, au nord de Téhéran.

Dans « Fatwa de sang »*, elle témoigne de la répression sanglante qui sévit en Iran.

  • Comme vous l’avez été, Clotilde Reiss est accusée d’espionnage. Que risque-t-elle ?

Mehrnoushe Solouki : J’espère bien qu’elle va être libérée car ce n’est pas du tout une espionne, mais je suis très inquiète pour elle. Dans son affaire, tout est inventé et cousu de fil blanc. En Iran, tous ceux dont le métier est d’informer, comme tous ceux qui ont fait des études en Occident, sont soupçonnés d’espionnage et donc passibles de la peine de mort. Les autorités iraniennes, qui sont passées maîtres dans l’art du double langage, jouent avec ses nerfs, comme pour moi.

  • Vous connaissez bien la prison d’Evin…

C’est un endroit où l’on se retrouve complètement coupé et privé de toute vie extérieure. On a la terrible impression que même Dieu, si l’on crie, ne vous entend plus ! Dans mon livre, je décris la section 209, dépendant du ministère des Renseignements, où aucun journaliste n’est jamais entré. C’est pour moi le palais de la mort, de l’agonie et du meurtre, où se déroule une « terreur blanche » avec des interrogatoires jour et nuit et une extraordinaire pression psychologique comme si vos geôliers savaient tout sur vous. Ils vous forcent à avouer tout ce qu’ils veulent : que l’on a travaillé par exemple pour des services secrets car les autorités iraniennes ont une véritable paranoïa de l’espionnage.

  • Assiste-t-on aujourd’hui en Iran à une nouvelle révolution ?

Une révolution, je n’en sais rien. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les grandes manifestations qui se déroulent depuis juin dernier marquent le début de la fin du régime et de la République islamique. Le régime va s’écrouler et se durcit. On en voit déjà les premiers signes puisque les dignitaires du régime ont transféré tous leurs biens sur des comptes bancaires à Dubaï ou au Venezuela et qu’ils ont bien souvent envoyé leurs familles à l’étranger. Le « mouvement vert » de contestation ne s’arrêtera plus, même s’il n’a pas encore trouvé de leader charismatique.

Fatwa de sang », de Mehrnoushe Solouki, Michel Lafon, 238 pages, 18,50 €.


Actions

Information

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :