Le fiancé de Neda parle

10 03 2010

Le Parisien, 10 mars 2010 :

La mort de Neda, devenue grâce à l’internet l’icône de l’aspiration à la liberté des jeunes Iraniens, a changé sa vie: persécuté pour avoir raconté son histoire, son petit ami Caspian Makan a dû fuir l’Iran pour le Canada, d’où il a repris son combat pour la démocratie.

« Ca a changé ma vie. Il y a un an, je n’aurais jamais imaginé être ici », confie Caspian Makan à l’AFP avant de prendre la parole à Genève à une réunion consacrée aux droits de l’homme, à la tolérance et à la démocratie.

Neda Agha-Soltan a été tuée d’une balle à la poitrine le 20 juin 2009 lors d’une manifestation post-électorale à Téhéran. Publiées sur l’internet, les images de sa mort captées par téléphone portable, notamment son visage ensanglanté, avaient suscité l’indignation.

« Le monde entier a pu être le témoin des agissements de ce régime. C’est un acte douloureux, inhumain qui a divulgué la face noire de la dictature iranienne », accuse M. Makan, qui impute ce « meurtre » aux « mercenaires du régime ».

Dans les jours suivant la mort de l’étudiante âgée de 26 ans, Caspian Makan avait donné par téléphone des interviews, notamment à la BBC et al-Jazira.

« Je voulais dire la vérité et ce qui était arrivé à Neda », explique ce fils de fonctionnaires, mince, vêtu d’un costume gris impeccable, ses yeux sombres soulignés par des cernes profonds.

Les autorités réagissent en l’arrêtant le 26 juin à son domicile. Libéré après 65 jours d’interrogatoires grâce à l’intervention financière de la famille de Neda notamment, M. Makan décide de fuir. Réfugié dans un pays du Moyen-Orient, il obtient l’asile politique au Canada début 2010.

Photographe, écrivain et réalisateur de documentaires de Téhéran, Caspian Makan avait rencontré Neda Agha-Soltan en avril 2009 lors d’un voyage en Turquie. Ils souhaitaient se marier.

« J’ai tout perdu, j’ai perdu mon amour, j’ai perdu mon pays, ma famille, mon travail », s’attriste M. Makan, qui multiplie les conférences et doit rencontrer dans les semaines qui viennent des parlementaires à Rome, Stockholm et peut-être se rendre à Tel Aviv.

« Je sens que que je dois travailler dur pour la démocratie en Iran, pour montrer au monde ce qui s’est passé et ce qui se passe en Iran, pour montrer le vrai visage du régime », explique-t-il.

Quand il rencontra Neda, Caspian Makan, âgé de 38 ans, s’était tourné vers la photographie de paysages après un travail engagé qui lui valut « des menaces, plaintes, censures et des arrestations de courte durée ».

« Curieuse », aimant débattre, Neda « se préoccupait beaucoup de l’absence de droits et de liberté au sein de la société. Elle en souffrait vraiment », raconte-t-il.

La jeune femme, qui ne soutenait aucun candidat, rejoint « dès les premiers jours » les manifestations contre le résultat du scrutin présidentiel, frauduleux selon le militant. « Elle a vu que des circonstances s’étaient créées où on pouvait donner libre cours aux revendications de liberté », souligne-t-il.

Inquiet de la répression de plus en plus forte des autorités, M. Makan a tenté de la dissuader d’y participer quatre jours avant sa mort. « J’étais amoureux d’elle, je ne voulais pas qu’elle soit blessée », se souvient-il.

Mais Neda avait rétorqué qu’elle avait « la responsabilité, le devoir de défendre » la liberté. « Sa conscience et son courage se sont transformés en (…) un symbole qui a redonné espoir à des milliers d’Iraniens », veut croire son fiancé.


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