Toujours aucun homosexuel en Iran

5 05 2010

Article publié le 5 mai 2010 sur le blog Dentelles et tchador :

Tout le monde se souvient sans doute de cette mémorable phrase prononcée par Mahmoud Ahmadinejad dans l’enceinte de l’Université Columbia de New York en 2007, alors qu’il était questionné sur la répression dont sont victimes les gais dans son pays :

“Il n’y a aucun homosexuel en Iran”.

Le président iranien réélu a raison, il n’y en a aucun, et il n’y en a d’ailleurs jamais eu en République islamique.

Quoique. Lisez plutôt ma traduction de ce remarquable mais terrifiant reportage réalisé par l’Iranienne Scheherezade Faramarzi , correspondante en Turquie de l’agence de press AP (Associated press). Il décrit le chemin de croix de ces Iraniens dont ni leur gouvernement, ni leur peuple ne souhaite l’existence …

Âmes sensibles et présidents aveugles, ne surtout pas lire…

Le bâtiment couleur saumon a vu de meilleurs jours. La peinture se décompose sur ses façades moisies. Des morceaux de carton, de journaux et de plastique remplacent les nombreuses fenêtre manquantes – cela ne servirait à rien de les changer, car les enfants du voisinage, qui connaissent ce lieu en tant qu’ “‘immeuble gai”, les briseront à nouveau. Cette habitat du quartier Fez Kichak de Kayseri est devenu une maison de passage informelle pour les homosexuels iraniens fuyant le supplice que leur fait subir leur patrie et espérant gagner l’Occident.

L’homosexualité en Iran est puni de la peine de mort. Les organisations des droits de l’homme estiment que quelques 4 000 homosexuels ont été exécutés depuis la Révolution islamique de 1979.

L’atmosphère s’est encore plus dégradée depuis l’arrivée au pouvoir il y a cinq ans du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, qui s’est fait remarqué en proclamant en 2007 lors d’un discours à l’université de Columbia, qu’il n’y avait aucun homosexuel dans son pays. Une note officielle envoyée à tous les départements gouvernementaux l’année dernière a appelé leurs employés à se marier ou à démissionner – une initiative destinée à démasquer les homosexuels.

Alireza Naimian, est un chanceux. Après deux ans et demi en Turquie, il a gagné l’autorisation des Nations Unies pour s’installer aux Etats-Unis. Assis par terre dans son appartement, il décrit l’événement qui a entraîné son départ : Un jour de 2007, un groupe de miliciens bassidjis qui avaient remarqué sa longue chevelure dans un taxi de la ville iranienne de Roodehen (Nord), l’ont arrêté, ramené chez lui, puis brutalement violé.

“Tout ce que je réclamais à Dieu était de mourir pour me libérer d’eux”, raconte Naimian, 42 ans. Pendant que Naimian parle, des pierres éclatent contre ce qui reste d’une de ses fenêtres. Dehors, quatre adolescents fuient en courant.

“Ce bâtiment a acquis une mauvaise réputation”, explique-t-il.

Naimian est un des neufs gais vivant dans la miteuse demeure qui a souvent changé d’habitant, et de meuble parfois, au fur et à mesure que de nouveaux arrivants entendaient parler du lieu grâce au bouche à oreille.

Un petit nombre de gais et de lesbiennes ont réussi à quitter l’Iran – la plupart pour la Turquie voisine, qui ne requiert aucun visa pour les Iraniens. En ce moment, 92 homosexuels iraniens ont un statut de réfugié dans le pays, selon Saghi Ghahraman, directrice de l’Organisation des Queer iraniens, basée à Toronto, qui suit les homosexuels fuyant l’Iran.Beaucoup d’entre eux sont placés par le gouvernement Turc à Kayseri et dans les villes alentours, où ils forment une communauté précaire, éclipsée par un large flux de milliers d’Iraniens fuyant la répression politique de l’élection présidentielle contestée de juin. Dans cette région conservatrice de Turquie, ils font profil bas, redoutant le harcèlement durant cette longue attente pour être déportés.

“La police nous dit de rester chez nous quand nous nous plaignons de violence à notre encontre”, explique Roodabeh Parvaresh, une lesbienne de 32 ans qui est en Turquie depuis plus de deux ans.

Parvaresh, une infirmière, révèle qu’un jour, un membre d’une organisation des droits de l’homme, qui est pourtant supposée prendre soin des réfugiés, l’a avertie : “Ne fais pas d’histoires, tu es déjà assez mal vue aux yeux des gens “. “Pourquoi? Parce que je suis lesbienne”.

Une autre lesbienne, Hengameh, qui a refusé de donner son nom entier pour ne pas attirer l’attention, explique qu’elle a été sévèrement battue par deux jeunes Turques juste après être entrée dans le pays il y a un an.

Pourtant, la Turquie leur fournit une échappatoire face à leur vie en Iran, où les homosexuels sont victimes de toutes sortes de menaces – de l’Etat, de leurs collègues ou des agents de la sécurité qui les harcèlent ou abusent de chantage en échange de relations sexuelles.

La population homosexuelle d’Iran ne compte aucune figure. Pourtant, des données publiées récemment basées uniquement sur des rapports psychologiques de recrues du service militaire obligatoire ou sur les opérations de changement de sexe, portent le nombre d’homosexuels masculins en Iran à plus de 200 000 dans un pays de 66 millions d’habitants, annonce Ghahraman. Les opérations de changement de sexe sont autorisées en Iran, et beaucoup de gais y ont recours comme seul moyen de vivre avec leur partenaire ou d’éviter les sévères punitions.

En novembre dernier, les autorités ont annoncé qu’elles se préparaient à exécuter trois hommes coupables d’homosexualité, mais n’ont fourni aucune date. Aucune information sur leur exécution n’a été donnée. Durant les trois dernières années, douze mineurs ont été condamnés à mort pour sodomie, l’un d’entre eux ayant déjà été exécuté, selon des organisation des droits de l’homme. Or seuls quatre des onze restants ont donné signe de vie.

Durant l’été 2005, deux adolescents ont été pendus en public dans la ville de Mashad (Nord est) pour avoir eu des rapport sexuels. L’un d’entre eux était mineur au moment des faits.

Sous la Charia, la punition pour des rapports sexuels homosexuels entre deux hommes est la mort. Chez les femmes, elle est de 100 coups de fouet pour les trois premières fois, et la mort pour la quatrième. Souvent, les convictions sont basées sur des confessions forcées, selon les avocats des droits de l’homme.

Certains juges, demeurent néanmoins plus indulgents. Ils “envoient les accusés se faire examiner pour quelques rapports sexuels, avant de les relâcher”, explique Ghahraman. Les directives religieuses délivrées par les ayatollahs indiquent que ” s’introduire soi-même une courgette pour le plaisir” n’est pas considéré comme de l’homosexualité -ainsi les gais en Iran ont souvent recours à ce genre d’explication pour échapper aux poursuites sur des charges de sodomie, explique-t-elle.

Mais au delà des lois, les homosexuels doivent faire face à une profonde hostilité de la part des autorités, mais souvent aussi, de leur famille.

Dans sa première années à l’université, Hengameh a demandé de l’aide à un conseiller d’éducation. “J’ai pensé que cette phase passerait“, dit-elle. “Je me suis dit que si c’était sérieux, je pourrais y remédier“.

Mais lorsqu’elle a révélé au conseiller qu’elle était attirée par les femmes, l’officiel lui a répondu avec dédain: “Il n’est pas pensable que tu t’assoies aux côtés des autres étudiants en classe“, et l’a dénoncé à l’administration universitaire. Hengameh a été bannie à vie d’études.

Sa mère a alors tenté de la pousser à consentir à un mariage arrangé dans l’espoir de la “guérir”, mais a abandonné l’idée quand Hengameh a menacé de se tuer. Après avoir été arrêtée en compagnie d’une femme, Hengameh a quitté le pays.

Lorsqu’ Ahmad Sajedi, 22 ans, a annoncé à sa mère qu’il était gai, elle l’a amené voir un psychiatre qui a promis de le rendre “normal” après 10 séances de thérapie. Le psy lui a expliqué que son orientation sexuelle était un péché et que le “coût de la rédemption était très élevé“.

Dès la seconde visite, Sajedi était en fuite, pas en raison de la police mais de son père, un colonnel de l’armée, qui voyait l’homosexualité de son fils comme un affront à sa religion et une honte à sa réputation.

Même en Turquie, la culpabilité envahit Ahmad.

“Lorsque j’était enfant, ma mère me parlait toujours d’avoir un petit fils, une belle fille, elle évoquait mon futur, que nous vivrions l’un à côté de l’autre, elle parlait de bonheur… Je n’ai jamais eu un seul jour heureux de toute ma vie”, lance Sajedi avant d’éclater en larmes.

“Je me demande si ma présence ou non dans ce monde aurait fait une différence pour Dieu”, soupire-t-il.

Ghahraman, l’activiste pour les homosexuels à Toronto, explique que “chaque gai et lesbienne (qu’elle connaît) a tenté au moins deux fois de se suicider“.

Naimian, l’homosexuel du le sinistre bâtiment, acquiesce. La mort est ce qu’il désirait le plus lorsqu’il était violé.

Il se trouvait dans une voiture revenant du supermarché, lorsqu’une Peugeot verte lui a coupé la route. Deux jeunes hommes musclés en sont sortis et l’ont traîné hors de la voiture. Ils se sont moqués de lui, l’appelant “pretty woman”, puis l’ont ramené chez lui, où l’un d’entre eux l’a jeté au sol et l’a forcé à avoir une relation sexuelle buccale avec lui. “Je me suis senti mal que j’ ai vomis“, se remémore-t-il.”Il a commencé à me frapper”. Puis l’un d’entre eux a commencé à le violer, heurtant sa jambe contre une porte en métal jusqu’à ce qu’elle se mette à saigner.

Naimian a été forcé de signer un document confessant la sodomie. Mais lorsqu’il s’est plus tard ravisé à intenter des poursuites, les deux hommes l’ont menacé lui et à sa famille. Six mois plus tard, il a débarqué en Turquie. Aujourd’hui il espère rejoindre San Diego, où il possède famille et amis.

Regardant derrière lui sa vie en tant que gai en Iran, Naimian lance : “Tu dois être un acteur à plein temps pour survivre là-bas”.

Voici un très bon documentaire réalisé en Iran par les équipes de “l’Effet Papillon”(Canal Plus) et qui répond de la meilleure des manières aux déclarations présidentielles :


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