Interview d’un militant ouvrier du complexe pétrochimique de Mahshahr

31 05 2010

Iran Labor Report, 25 mai 2010 :

Avec le Conseil Ad Hoc du Complexe Pétrochimique de Mahshahr s’est récemment formée une organisation ouvrière dans la région industrielle de Mahshahr au sud de l’Iran. Dans une récente interview par Radio Farda – Radio Liberty, « Hossein », un membre du Conseil, a parlé de la formation du conseil et de la situation dans la région industrielle du Golfe Persique. L’interview a été traduite en anglais par Iran Labor Report :

  • Quelles sont les raisons de la formation du Conseil Ad Hoc des Ouvriers du Complexe Pétrochimique de Mahshahr ?

La principale raison de la formation du conseil était que les travailleurs les plus conscients de la région, c’est-à-dire les militants ouvriers, ont reconnu la nécessité d’une organisation principale pour représenter les intérêts des travailleurs et unir leurs rangs pour obtenir leurs revendications. Le Conseil peut regrouper les travailleurs mécontents et conscients des différentes unités de ce complexe, appeler les ouvriers à protester et à agir pour leurs revendications communes et travailler à l’organisation de la lutte des travailleurs.

Les militants ouvriers ont mis en place le Conseil Ah Hoc des Ouvriers du Complexe Pétrochimique de Mahshahr sur la base de ce principe important que, malgré le fort potentiel pour la lutte, à cause du manque d’organisation et de la dure répression et du contrôle dans la région, les ouvriers ne pourront pas mener une lutte puissante sans une organisation, en particulier sans une organisation qui comprendra progressivement toutes les différentes unités du complexe.

Par exemple, au mieux, les travailleurs peuvent s’assurer par l’action de la paiement d’un mois de salaire, mais sans unité et une organisation spéciale, sans une lutte générale dans toute la région, ils ne seront pas capable de s’opposer aux licenciements, à récupérer les salaires impayés, à augmenter leurs salaires, à obtenir la sécurité sur leurs lieux de travail et toutes les revendications mises en avant dans la déclaration du 1er Mai des organisations ouvrières.

Je pense que l’organisation est aussi importante et nécessaire pour les ouvriers que leur pain quotidien. Par ce moyen, nous ne les laisserons pas empiéter sur nos vies, nous pousser avec nos familles sous le seuil de pauvreté et refuser l’éducation à nos enfants.

  • Quelle est la situation des ouvriers employés au Complexe Pétrochimique de Mahshahr ?

Ce complexe est en mauvaise situation.

La sombre situation économique de la société dans son ensemble a aussi affaibli la place de cette importante région industrielle et les usines ferment les unes après les autres. Le complexe « Shahid Rasouli », par exemple, qui produit du formol, ne peut pas exporter sa production à cause des sanctions économiques et n’a pas non plus de marché nationale pour sa production. Ses stocks sont remplis au maximum et le complexe a donc arrêter la production.

La direction du complexe a fait travailler les ouvriers 10 jours en mars et a déclaré espérer reprendre la production en avril, mais cette promesse ne s’est toujours pas concrétisée. On entend de mauvaises nouvelles sur cette usine, qui ne sont pas optimistes sur une reprise de la production et les ouvriers qui pourraient perdre leurs emplois.

« Methanol – 2 » et un autre complexe sont aussi complètement fermés.

Dans l’ensemble, à cause des difficultés financières du gouvernement, la plupart des projets dans la région sont soit en attente soit réalisé à moitié, et ceux qui fonctionnent font face à des pénuries de pièces et d’équipements, et se dirigent plus que jamais vers la récession.

  • Ces derniers mois, nous avons vu des grèves ouvrières dans différentes régions d’Iran. D’après toi, qu’est-ce qui est sorti de ces grèves ?

Il est clair que les grève remontent le moral, non seulement des travailleurs d’autres régions du pays, mais de toute la société.

Suite à ces protestation, le monde du travail a encore plus réalisé sa puissance de lutte. Les travailleurs avancés, en particulier, ont gagné de l’énergie dans ces protestations et ont vu l’importance de protestations unies des travailleurs des différentes usines. La question est que quand un travailleur ou une travailleuse se regarde individuellement, il ou elle voit le risque de perdre son emploi et devient plus conservateur. On ne peut pas attendre beaucoup de lui ou d’elle. Les travailleurs te demandent si tu es d’accord qu’ils sacrifient leurs emplois en protestant ouvertement contre l’employeur. Et dans ce cas, il est naturel que tu ne répondes pas « oui ». Mais lorsque la travailleuse ou le travailleur se voit comme une masse, organisée et unies, et voit ses camarades de l’usine d’à côté en lutte et toute la société poussée par la lutte, alors il ou elle met son conservatisme de côté. C’est partuculièrement vrai en cas de licenciements ou de suppressions d’emplois, lorsque les salaires ne sont pas payés, lorsqu’on est à bout, alors il ne reste plus rien du conservatisme et il n’y a pas d’autre voie que d’avancer.

Elle ou il entre dans une lutte à mort pour sauver sa vie.

Je veux dire que sans aucun doute, la grève dans une région du pays a un effet important sur les autres régions. Ainsi, elle peut régénérer une ville et apporter de l’espoir aux ouvriers et à leurs familles.

Et c’est pour cela que chaque lutte doit être soutenue par les différentes fractions du monde du travail.

  • Comment vois-tu la réaction du gouvernement aux luttes syndicales en Iran et aux efforts pour s’organiser ?

L’Etat s’inquiète des luttes syndicales parce qu’aujourd’hui les luttes syndicales sont aussi des luttes politiques. Par exemple, lors qu’un travailleur ou une travailleuse proteste pour le paiement des salaires, il ou elle voit immédiatement la police, et la sécurité de l’usine est immédiatement alertée.

Le gouvernement sait bien qu’une grève dans une usine peut se développer dans d’autres lieux, peut pousser les familles à l’action, recevoir le large soutien de la ville et amener une protestation générale dans la société ; c’est une question qui peut coûté cher à l’Etat.

Je pense que le gouvernement a peur de cela et que c’est pour ça qu’il interdit les organisations ouvrières dans différentes régions d’Iran. Mais pour que nous soyons forts, nous devons être organisés. Notre puissance à nous, travailleurs, est dans cette question et elle en nous appuyant sur cette puissance nous ne devons pas laisser nos vies être écrasées.

Nous ne devons pas seulement protester contre le plan de réforme des subventions, mais aussi demander des soins médicaux gratuits et une éducation gratuite pour nos enfants et nos familles à tous les niveaux. Nous devons agir pour un salaire mensuel de 1.000 $ en construisant nos propres organisations.


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