Le plus beau (mais dangereux) métier du monde

27 07 2010

Article publié le 26 juillet par le blog « Dentelles et Tchador » :

Défenseur des droits de l’homme en République islamique d’Iran, voici sans doute le plus beau métier du monde.

C’est le seul secteur épargné par le chômage dévastateur qui frappe l’ensemble du pays (25%), notamment depuis l’arrivée à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. Un métier en vogue car vous en conviendrez, il y a beaucoup à faire en Iran en matière de droits de l’homme, et encore davantage depuis l’accession au pouvoir de l’ultraconservateur.

Ne vous inquiétez donc pas pour votre salaire qui, vu le nombre d’accusés iraniens en manque cruel de défense équitable qui se précipiteront sur vous, n’aura plus rien à envier aux 300 euros mensuels moyens du pays.

Sans oublier la pléthore de postes disponibles dans le pays entier pour tout jeune avocat en devenir en mal profond de reconnaissance! Un rêve n’est-ce pas? Quand à l’intérêt que vous porterez à votre métier ? Il sera immense.

Finies les affaires de divorce à l’eau de rose, les incendies de voiture ou encore les vols à la tire. En Iran, les voyous ne sont pas à chercher du côté du peuple… Ici, votre mission, si vous l’acceptez, est de sauver de la prison des activistes politiques, de la pendaison des mineurs, de la lapidation des femmes en un temps record, avant que la peine ne soit exécutée. Avec à chaque affaire des personnages à l’histoire unique qui marqueront à jamais votre vie et dont vous êtes le dernier espoir qui les rattache à la leur. Un véritable héros des temps modernes! L’offre paraît alléchante vous ne trouvez pas?

Or comme dans toute publicité mensongère, vous vous dites qu’il doit y avoir un hic. Et vous avez raison. Si vous acceptez de revêtir cette mission, vous devez vous attendre à ce que votre vie change à jamais.

Fini l’anonymat, vous le saviez déjà. Mais finie la sécurité aussi. Préparez-vous à subir pressions, menaces, intimidations, et même arrestations. Et tout ceci n’est pas l’oeuvre de la famille de la partie adverse, mais bien du gouvernement iranien.

C’est ce qui a forcé Shirin Ebadi, talentueuse et courageuse avocate iranienne, prix Nobel de la Paix 2003, à quitter son pays natal à l’été 2009 pour pouvoir continuer à informer le monde entier sur la violation des droits de l’homme en Iran sans avoir à vivre derrière des barreaux. En effet, les autorités de son pays n’ont pas hésité un seul instant à arrêter son mari, sa plus proche collaboratrice, et confisquer sa médaille de Nobel, avant de mener une intense campagne télévisée de désinformation visant à la discréditer.

Mais heureusement pour les Iraniens(et malheureusement pour le gouvernement), il existe en République islamique des dizaines d’autres Shirin Ebadi, qui malgré la féroce répression et les risques personnels qu’elle implique, ont répondu positivement à l’offre et oeuvrent depuis des années en Iran au contact de la population pour sauver leurs citoyens des griffes gouvernementales.

C’est le cas de Mohammad Mostafaei, jeune avocat de défense des droits de l’homme, qui s’est fait durant ces dernières années une spécialité de défendre plus d’une quarantaine d’Iraniens condamnés à mort alors qu’ils étaient mineurs au moment des faits.

Il est nécessaire à ce sujet de rappeler que la République islamique d’Iran a signé la Convention internationale sur les Droits civils et Politiques, ainsi que la Convention Internationale sur les droits de l’Enfant, qui interdisent de condamner à mort des personnes ayant commis des crimes alors qu’elles avaient moins de 18 ans. Une telle demande est également inclue dans les recommandations du comité des Nations Unies pour les Droits Humains qui a demandé en 2005 à l’Iran de suspendre toutes les condamnations à mort à l’encontre de personnes mineures.

Selon le code pénal iranien, le meurtre, le viol, l’adultère, le vol à main armé et le trafic de drogue sont passibles de la peine de mort.

Mais ce n’est que grâce à un travail acharné que Mohammad Mostafaei a réussi à sauver de la pendaison dix-huit de ses clients. L’avocat a notamment publié plusieurs lettres ouvertes sur son blog personnel(désormais fermé) révélant le triste sort de ses clients.

Ce travail a provoqué la fureur des autorités iraniennes, qui ont décidé, le 25 juin 2009 d’arrêter l’avocat et de l’envoyer dans la sinistre prison politique d’Evin (celle où sont enfermés plusieurs de ses clients) pour « conspiration contre la sûreté de l’État » et « propagande contre le régime “, avant qu’il ne soit libéré une semaine plus tard moyennant le versement d’une caution de 72 000 euros.

Mais l’urgence des deux dernières affaires qu’a traitées Mohammad Mostafaei l`a définitivement convaincu de passer à l’offensive. L’histoire a montré que la manière la plus rapide et efficace de stopper une décision judiciaire iranienne est d’alerter l’opinion internationale (cf l’arrestation puis la libération du Cinéaste iranien Jafar Panahi).

C’est donc ce à quoi s’est employé Mostafaei, en multipliant les interviews révélant l’abominable sort de ses deux clients.

C’est grâce à l’avocat que nous avons eu la douleur d’apprendre le tragique destin de Mohammad-Reza Haddadi , Iranien de 22 ans, sur le point d’être condamné pour un crime qu’il aurait commis à l’âge de 15 ans.

C’est grâce à lui encore que nous avons eu la chance de connaître Sakineh Mohammadi-Ashtani , Iranienne de 43 ans condamnée en 2006 à 99 coups de fouet et à la mort par lapidation pour avoir entretenu « une relation illégale » avec deux hommes après la mort de son mari.

Et cela a marché. La vaste campagne internationale de sensibilisation initiée par l’avocat et les enfants de sa cliente, a déjà permis de suspendre la peine de lapidation. Mais rien n’indique que l’Iranienne ne va tout de même pas être pendue.

Cette mobilisation internationale a considérablement gêné la République islamique, la forçant à faire marche arrière. Mais sa réponse ne s’est pas faite attendre…

Samedi, le bureau de Mohammad Mostafaei a été saccagé par des agents iraniens, qui ont arrêté l’avocat et l’ont envoyé dans la prison politique d’Evin pour l’y interroger durant de nombreuses heures sur ses activités. Pourtant, tout comme celles de Shirin Ebadi, celles-ci ont toujours gardé un caractère légal.

Mais ce n’est malheureusement pas tout. En Iran, vous avez beau être l’homme le plus fort du monde, et être prêt à subir toute forme de tortures, aussi bien physiques que psychologiques, vous ne pouvez rien quand les autorités, en manque d’éléments pour vous accabler, s’en prennent à votre famille…

C’est ce qui est arrivé à Mohammad. Après avoir été relâché, les autorités ont décrété un mandat d’arrêt à son encontre. Mais ne parvenant plus à mettre la main sur lui, elles ont décidé d’arrêter sa femme, Fereshteh Halimi, et son frère, Farhad Halimi, tous deux détenus dans la prison d’Evin.

Personne ne sait aujourd’hui ce qu’est devenu Mohammad Mostafaei. Et esseulés dans leur cellule, Sakineh, Mohammad et tant d’autres de ses jeunes clients se meurent de détresse.


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