Un blogueur menacé de la peine capitale

25 09 2010

IFEX, 24 septembre 2010 :

Reporters sans frontières s’inquiète vivement des graves violations des droits de l’homme perpétrées par les Gardiens de la Révolution contre les journalistes et les net-citoyens dans les prisons iraniennes. La peine capitale pourrait en effet être requise contre deux blogueurs, Vahid Asghari et Hossein Derakhshan, emprisonnés depuis 2008.

« Les lourdes accusations contre Vahid Asghari et Hossein Derakhshan, pourtant dénuées de tout fondement, sont punissables, en vertu de la loi islamique, de la peine capitale. La communauté internationale doit intervenir et demander des comptes à Mahmoud Ahmadinejad, président soutenu par les Gardiens de la Révolution, ainsi qu’aux autorités judiciaires, qui se rendent ainsi coupables d’un détournement de la loi », a déclaré l’organisation.

Le Centre de surveillance des délits organisés

Depuis sa création en mars 2009, le Centre de surveillance des délits organisés instauré par les Gardiens de la Révolution et son site officiel Gerdab ont participé activement à la traque des net-citoyens en les identifiant et en les arrêtant.

En mars 2009, ce centre a officiellement annoncé le démantèlement d’un réseau Internet « malveillant » et l’arrestation de plusieurs modérateurs des sites incriminés. Quelques jours plus tard, des « aveux » des personnes arrêtées ainsi que leur photo ont été diffusés, notamment par le site Gerdab. Les accusés ont été forcés de reconnaître la présence de sites critiques contre l’islam et le régime en place, ainsi que leur intention de « détourner » la jeunesse iranienne par la diffusion de sites pornographiques. Ils ont également dû avouer leur participation à un complot soutenu par les Américains et les Israéliens.

Le 17 juin 2009, suite aux protestations massives de la population à l’annonce de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence, le Centre de surveillance des délits organisés déclare avoir observé sur Internet « plusieurs cas de sites et blogs personnels publiant des articles incitant au trouble à l’ordre public, et invitant la population à se rebeller ». Ces sites, « créés avec l’aide de sociétés américaines et canadiennes, bénéficieraient du soutien de médias, tels que la BBC, Radio Farda (Free Europe) et Radio Zamaneh, et seraient protégés par les services de sécurité américains et britanniques ». Dans ce même communiqué, le Centre a sommé tous les directeurs des sites Internet de supprimer « les contenus incitant la population à participer aux mouvements émeutiers, propageant menaces et rumeurs ».

Le 20 mai 2010, Ebrahim Jabari, l’un des commandants des Gardiens de la Révolution, a confirmé officiellement la création d’une « cyber-armée », responsable des actions de répression contre les réseaux qualifiés de « destructeurs », et de l’arrestation de centaines de net-citoyens. Plusieurs sites, tels que Twitter ou Radio Zamaneh, ont fait l’objet d’attaques.

Conditions de détention et passage aux aveux

Les détenus ont été soumis à de longues périodes d’isolement et ont été brutalement torturés pour obtenir des aveux, utilisés par la suite contre eux lors de leurs procès. Le net-citoyen, Vahid Asghari, principal accusé dans ce dossier de « démantèlement de réseaux », est l’une des premières victimes de ces atrocités. Ce jeune homme de 24 ans, qui étudiait l’informatique en Inde, a été arrêté le 11 mai 2008 à l’aéroport de Téhéran pour possession de plusieurs cartes de crédit.

Plus de deux ans après son arrestation, il est toujours en attente de son verdict, après une mascarade de procès. Maintenu pendant sept mois en isolement, il a subi mauvais traitements et tortures afin qu’il avoue être l’organisateur d’un réseau pornographique blasphémant l’islam et critiquant le régime en vue de pervertir la jeunesse iranienne. Le véritable crime de Vahid Asghari ? Avoir hébergé des sites, notamment ceux d’opposants iraniens.

Dans une lettre datée du 17 octobre 2009, adressée au président de la 15e chambre du tribunal de la révolution, le net-citoyen décrit en détail le calvaire qui a été le sien pendant les interrogatoires. « On m’a frappé avec un bâton pendant des heures et des heures, alors que j’avais les yeux bandés et les mains menottées. J’ai été menacé de mort et de viol avec un couteau sous la gorge. J’ai été insulté ainsi que ma famille. Ils m’ont obligé à faire des aveux et à les signer. Ils ont ensuite filmé mes aveux et ont diffusé le film avec la complicité de la télévision nationale alors que j’étais légalement présumé innocent. »

En outre, d’après l’article 168 de la Constitution de la République islamique d’Iran, les procès de délits politiques doivent être publics et se dérouler en présence de jurés populaires. Pourtant la plupart se déroulent à huis clos. Les accusés ne sont parfois pas informés de la tenue de leur procès et de leur condamnation. Les avocats eux-mêmes peuvent être écartés, et n’ont, dans bien des cas, pas accès au dossier de leur client. Vahid Asghari explique dans ce courrier : « Je n’ai jamais vu mon avocat et même au tribunal, je n’ai pas eu le droit de lui dire bonjour ».

« On m’a reproché de recevoir de l’argent de l’étranger à cause des publicités de Google sur les sites que j’hébergeais. J’ai été accusé d’insultes envers les imams chiites et envers le prophète à cause de leur contenu. On m’a forcé à affirmer que Hossein Darakshan était un agent du ministère des renseignements iranien et de la CIA », a écrit le blogueur.

Le blogueur irano-canadien Hossein Derakshan a, quant à lui, été arrêté par les Gardiens de la Révolution le 1er novembre 2008. Il est depuis maintenu en détention en attente de son verdict, après avoir comparu dans un procès non équitable. Victime d’un scénario monté de toutes pièces, il est accusé d' »insulte envers des responsables du régime et les textes sacrés de l’islam », alors qu’il avait clairement défendu les principes de la révolution islamique et la politique de Mahmoud Ahmadinejad. Il est une des victimes collatérales de la guerre fratricide entre les services de renseignements iraniens et les Gardiens de la Révolution.

Deux autres blogueurs, Kouhyar Goudarzi et Hossein Ronaghi Maleki, sont eux aussi détenus dans des conditions extrêmement difficiles.

« Le Canada et l’ensemble de la communauté internationale doivent redoubler d’efforts pour obtenir des autorités iraniennes la libération de tous les journalistes emprisonnés », a déclaré Reporters sans frontières, qui rappelle que l’Iran figure sur la liste des « Ennemis d’Internet » établie par l’organisation. Neuf net-citoyens et vingt-six journalistes sont actuellement détenus dans le pays.


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