Après Sakineh, les “confessions” de son fils

1 11 2010

Article publié le 1 novembre par le blog « Dentelles et Tchador » :

Cinq jours après la révélation d’informations selon lesquelles il aurait subi des tortures en prison, Sajjad Ghaderzadeh, le fils de Sakineh Mohammadi Ashtiani, emprisonné depuis 22 jours dans un centre de détention non déterminé de la ville de Tabriz (nord-ouest de l’Iran), vient de sortir du silence dans lequel il était confiné en se livrant à des “confessions”.

Selon le site internet iranien conservateur Raja News, proche du corps paramilitaire des Gardiens de la Révolution, le fils de Sakineh Mohammadi Ashtiani aurait avoué que l’affaire Sakineh était devenue un “moyen de réaliser un commerce contre-révolutionnaire ainsi que d’obtenir l’asile politique pour des avocats aventuriers”. Sa mère Sakineh s’est déjà livrée à deux reprises à des “confessions” semblables diffusées par la télévision d’État. Le 12 août dernier, son avocat Houtan Kian avait affirmé qu’elles avaient été obtenues après “deux jours de torture”.

Dans cet article publié samedi, le fils de Sakineh Mohammadi Ashtiani, présenté comme “Sajjad G”, déclare:

“Après le meurtre de mon père et l’emprisonnement de ma mère, ma famille a été décomposée. Moi et ma petite sœur, avons donc appelé à l’aide où que nous pouvions. Tous les deux demeurons sans protection. J’ai tout fait pour libérer ma mère, nous sommes allés partout pour réclamer de l’aide et j’ai écrit des lettres. Mais au final, nous sommes tombés dans le piège de l’avocat du dossier. Et j’ignore quel tour il m’a joué”.

“Sajjad G” poursuit : “Houtan Kian”, l’avocat du dossier, en a profité au maximum pour se mettre en valeur et préparer le terrain pour trouver l’asile à l’étranger, en nous mettant en contact avec “Mina A”, communiste et contre-révolutionnaire habitant en Allemagne et porte-parole du Comité international contre la peine de mort, qui a pu s’introduire dans les milieux contre-révolutionnaires à l’étranger et obtenir l’asile politique”.

“Il existe un fort lien de confiance entre Sajjad et Houtan Kian qui n’a fait que défendre sa cliente Sakineh”, répond à “Dentelles et chador” depuis Francfort en Allemagne, Mina Ahadi, le porte-parole du Comité international contre la lapidation et les exécutions. “Toutes les interviews que l’avocat a accordées à la presse se sont cantonnées à l’aspect strictement juridique du dossier. Malgré cela, son bureau a été attaqué à de nombreuses reprises par les forces de sécurité et ses dossiers lui ont été dérobés. La veille de son arrestation, il a été interrogé debout pendant près de huit heures. S’il voulait fuir et demander l’asile, il aurait quitté le pays à ce moment-là. Mais il m’a répété qu’en plus de Sakineh, il était également l’avocat de plusieurs personnes condamnées à la lapidation et à la pendaison, et qu’il fallait qu’il continue à les défendre. Or il est aujourd’hui lui aussi en prison”.

Mais comment Sajjad Ghaderzadeh et Mina Ahadi sont-ils exactement rentrés en contact?

“Après l’annonce de la condamnation de sa mère il y a quatre ans, et alors que personne dans le gouvernement iranien ne daignait répondre à ses questions, Sajjad était perdu. C’est alors qu’il a découvert mon nom dans les médias internationaux, en tant que personne qui combattait la lapidation depuis 20 ans, et qui avait déjà réussi à sauver la vie de plusieurs condamnés. “Vous êtes l’organisation des droits de l’homme?”, ont été ses premiers mots lorsqu’il m’a appelée pour la première fois. “Vous devez défendre ma mère”. Je le lui ai promis. Cette scène, mon numéro de téléphone, tout a été rendu publique afin que l’on ne puisse pas parler de “relation cachée” avec moi et l’utiliser contre lui. Et on continue à me contacter tous les jours du monde entier pour solliciter mon aide, y compris des prisons de la République islamique”.

Après les “confessions” du fils de Sakineh, le journaliste du site conservateur Raja News poursuit:

“Il y a près de 20 jours, deux citoyens allemands ont été arrêtés après s’être rendus en Iran avec des visas touristiques dans le but d’interviewer la famille de Sakineh Mohammadi afin de mettre en avant quelques astuces alarmistes de propagande. Lors de l’arrestation de ces quatre personnes par les agents, Kian était en train d’établir une communication téléphonique vers l’Allemagne par le biais de “Mina A”. Ces deux citoyens allemands qui se trouvaient en compagnie de “Sajjad G” dans le bureau de Houtan Kian, ont été arrêtés. Houtan Kian, est un avocat aventurier qui avait pour objectif de reproduire le projet de Mohammad Mostafaei, l’ancien avocat qui a fui à l’étranger et a obtenu l’asile politique, après s’être mis en valeur en utilisant cette affaire”.

C’est la première fois qu’un site réputé proche du pouvoir iranien reconnaît l’arrestation du fils et de l’avocat de Sakineh. Mohammad Mostafaei demeure son ancien avocat, qui a été forcé de fuir le pays en août dernier après qu’un mandat d’arrêt a été émis à son encontre. Sa femme a été par la suite emprisonnée pendant une semaine dans la prison politique d’Evin de Téhéran, pour le forcer à se rendre. Elle a aujourd’hui rejoint son mari qui a obtenu l’asile politique en Norvège.

Et le journaliste de conclure:

“Il semble que l’histoire de cette femme de mauvaise vie qui a participé au meurtre de son mari, en plus d’avoir été utilisée comme prétexte par l’Occident pour créer une atmosphère anti-révolutionnaire contre la République islamique, est devenue un moyen pour un certain nombre de jeunes avocats aventuriers de quitter le pays et d’obtenir l’asile politique”.

“Sakineh a déjà été blanchie du meurtre de son mari en septembre 2006″, réagit Mina Ahadi, une affirmation déjà maintes fois répétées à “Dentelles et tchador” par Houtan Kian, du temps où l’avocat était encore en liberté. “Les autorités iraniennes ont modifié l’ensemble du dossier”, explique la porte-parole. “Il n’est désormais signifié nulle part que Sakineh est condamnée pour adultère, la seule charge qui pesait jusqu’ici contre elle. Elles sont en train de préparer le terrain pour la pendre. D’autant plus que le Comité international contre la lapidation et les exécution vient d’être informé que le tribunal suprême de Téhéran avait envoyé une lettre à la branche d’application des peines de la prison de Tabriz demandant que Sakineh soit exécutée au plus vite”.

Armin Arefi


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19 11 2010
20, 25 et 27 novembre : actions pour la libération de Sakineh, Shahla Jahed, Sajjad, Houtan et les avocats emprisonnés « Révolution en Iran

[…] vit toujours avec le cauchemar de l’exécution et de la lapidation en prison. Son fils Sajjad et son avocat Houtan Kian ont été arrêtés et […]

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