Sakineh : « Confessions » télévisées de l’entourage

17 11 2010

Arrêt sur Image, 17 novembre 2010 :

Nouvelles confession télévisées pour Sakineh Mohammadi Ashtiani, Iranienne de 43 ans condamnée à la lapidation pour “relation illégale”. Pour la première fois, son fils Sajjad Ghaderzadeh, 22 ans, son avocat Javid Houtan Kian, ainsi que deux journalistes allemands, dont on n’avait plus aucune nouvelle depuis leur arrestation il y a un mois , ont également été contraint à des confessions télévisées. Armin Arefi, journaliste franco-iranien, décrypte sur son blog Dentelles et Tchador les images de cette émission.

Dans le reportage, Sakineh, dont le visage est flouté, s’accuse à nouveau d’avoir été “pécheresse”, et confesse à nouveau qu’elle a joué un rôle dans le meurtre de son mari. “Il m’a demandé de l’aider à tuer mon mari. Il m’a promis de m’offrir une vie plus libre, mais je me suis fait avoir”, confesse Sakineh.

« Soit les mêmes arguments avancés la semaine dernière par le procureur général de l’Iran, Gholam Hossein Mohseni Ejeie, en réponse à la vague de mobilisation internationale mise en œuvre suite à l‘annonce de l’exécution imminente de Sakineh par pendaison pour le 3 novembre dernier », analyse Arefi.

Selon l’avocat de Sakineh Mohammadi Ashtiani, celle-ci a été innocentée du meurtre de son mari, mais condamnée à la lapidation uniquement pour “relation illégale”. Elle a déjà reçu en mai 2006 pour la même charge 99 coups de fouet. « Pourtant, la grave voix-off du reportage ne va pas hésiter à qualifier ce dossier de “meurtre aggravé de prostitution”, constate Arefi.

Autre cible de l’émission, Mina Ahadi, la présidente du Comité international contre la lapidation, militante des droits de l’homme depuis plus de vingt ans, la première à avoir été sollicitée par le fils de Sakineh pour la sauver. «Mina Ahadi, qui a utilisé le dossier de Sakineh à son avantage(…) fait partie des communistes anti-révolutionnaires, annonce la voix-off. Elle a entamé ses activités anti-islamiques contre la République islamique, avec la coopération des services de sécurité et de pouvoirs de l’Occident, en abusant du costume de défenseure des droits des femmes», déclarent les présentateurs de l’émission.

Sajjad, le fils de Sakineh, enfermé au secret depuis plus d’un mois, est contraint également de faire des confessions publiques. Il s’en prend à l’ancien avocat de sa mère, Mostafaei. « M. Mostafaei m’a dit qu’il fallait que le dossier soit médiatisé”, explique-t-il. “Son rôle n’était pas positif, mais néfaste (…) L’affaire est devenue un cas international et tout le monde a appris la chose. Notre famille n’était pas au courant, et elle l’est maintenant. Et je pense que ce qui restait de notre honneur a disparu. Ce même M. Mostafaei a maintenant disparu. Il est devenu réfugié politique».

Des déclarations étonnantes, analyse Arefin puisque « (…) c’est Sajjad et Mohammad Mostafaei qui ont décidé ensemble, en juillet dernier, et en ultime recours, de médiatiser l’affaire suite aux refus répétés des autorités pendant plus de quatre ans de répondre à leurs requêtes légales et compte tenu du risque de l’exécution imminente de Sakineh ».

Le fils de la condamnée est également contraint de s’en prendre à l’actuel avocat de sa mère, Houtan Kian. « Houtan kian voulait devenir comme Mostafaei mais il n’y est pas arrivé, déclare Sajjad. Heureusement, cela a été empêché. Il souhaitait que l’on parle aux médias occidentaux, pour attirer d’autant plus l’attention autour du dossier. Mais cela a empiré ». Et Sajjad ajoute : «il m’a demandé de dire qu’ils l’avaient torturée, qu’elle était interdite de visite. J’ai malheureusement écouté ses paroles. Et je n’ai fait que mentir aux médias occidentaux».

Ce genre de propagande ‘ »fait mouche chez le téléspectateur iranien lambda, qui ne connaît rien des nombreuses irrégularités de l’affaire », analyse Arefi. Le journaliste a été en contact plusieurs semaines avec Sajjad Ghaderzadeh. « Je peux vous affirmer qu’il ne cessait de répéter au téléphone que seule une mobilisation internationale pouvait encore sauver sa mère », souligne-t-il.

Enfin, les deux journalistes allemands du quotidien Bild, arrêtés en Iran en même temps que le fils et l’avocat de Sakineh qu’ils interviewaient le 10 octobre dernier se sont exprimés lors de l’émission. « Je n’avais aucune information sur cette affaire », explique l’un d’entre eux dont la voix est doublée en persan. « Mme Ahadi si. Et comme mon arrestation allait provoquer un certain intérêt médiatique, elle m’a envoyé en Iran ». Les deux journalistes ont été accusés par l’état iranien de propagande contre l’État iranien et d’espionnage, charge passible en Iran de la peine de mort.

« Outre l’illustration des méthodes ancestrales et de l’acharnement dont font preuve les autorités iraniennes pour faire taire toute voix discordante à l’intérieur (mais aussi à l’extérieur) du pays, cette nouvelle mise en scène témoigne du cycle infernal- arrestation-confinement solitaire-torture-confessions- que doit désormais expérimenter en Iran tout manifestant, politicien, militant, journaliste, mais désormais aussi avocat ou membre de la famille d’un prisonnier, qui se laisserait aller à s’exprimer en toute liberté  » dénonce Arefi.


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2 responses

18 11 2010
19 11 2010
20, 25 et 27 novembre : actions pour la libération de Sakineh, Shahla Jahed, Sajjad, Houtan et les avocats emprisonnés « Révolution en Iran

[…] deux journalistes allemands ont été accusés d’espionnage, et sous la pression et les intimidations ont été forcés […]

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