Mesures d’austérité et forces de répression contre les classes populaires

19 12 2010

Mise en place d’importantes forces de répression à Téhéran au cas où les mesures d’austérité liées à la suppressions des subventions provoqueraient des protestations populaires et accueil favorable de la part du Fond Monétaire International à cette mesure qui frappe avant tout les familles ouvrières, ceux qui par anti-américanisme voyaient quelque chose de « populaire » voire un vague « anti-libéralisme » dans la dictature d’Ahmadinejad feraient bien d’ouvrir les yeux. Derrière le voile de la religion, du nationalisme et de « l’anti-impérialisme », la dictature de la République Islamique est bien celles de la bourgeoisie iranienne contre les ouvriers.

Queue devant une station service à Téhéran, 19 décembre

Sur ce sujet, le blog  » Dentelles et Tchador » a publié un article avec de nombreux éléments intéressant ce 19 décembre :

D’interminables files d’attente de conducteurs mécontents émanaient hier soir des stations services de la République islamique, laissant ressurgir la possibilité de nouveaux troubles sociaux en Iran. La cause ? L’annonce surprise quelques minutes auparavant à la télévision d’État par Mahmoud Ahmadinejad de la mise en place à partir de minuit du plan de subventions gouvernementales sur les produits énergétiques, qualifié de « chirurgie économique » par le président iranien.

Selon le communiqué officiel, le prix du quota de 60 litres d’essence par mois accordé à chaque automobiliste est passé à minuit de 0,10 dollar le litre à 0,4 dollar, soit une multiplication par quatre. Au-delà de ce quota, les automobilistes devront payer le litre à 0,70 dollar au lieu de 0,40 dollar précédemment, soit une augmentation de 75%. Le prix du gazole est de son côté multiplié par neuf, passant de 0,0165 dollar à 0,150 dollar.

Mais il n’y a pas que l’essence qui est visée par ce plan. Les prix de l’électricité, de l’eau et du gaz vont, de leur côté, être multipliés par un chiffre allant de trois à cinq, selon un système par palier tenant compte de la consommation des ménages. “Ceux qui consommeront moins dépenseront moins”, a déclaré Mohammad Reza Farzin, porte-parole du plan.

« Sur le plan économique, cette réforme était devenue indispensable, car les prix maintenus artificiellement bas grâce aux subventions perturbaient le fonctionnement de l’économie iranienne », explique à « Dentelles et tchador » Fereydoun Khavad, Maître de conférences à l’université Paris-V René-Descartes et spécialiste des questions économiques de l’Iran. «L’essence, à 100 toumans le litre(0,76 cents d’euros) était par exemple moins chère que l’eau. Et cela encourageait donc la population et les entreprises à gaspiller ».

Cela fait neuf mois que le gouvernement Ahmadinejad est censé appliquer ce plan quinquennal, approuvé par le Parlement à la fin 2009, et qui vise à répondre à la crise du budget de l’État. « Sur le plan économique, le bilan d’Ahmadinejad est un échec total, explique Fereydoun Khavand. Durant les trois dernières années, la croissance économique du pays n’a été que de 0,5%. Et ce n’est que grâce aux revenus du pétrole, dont l’exportation a rapporté à l’Iran en 2010 près de 80 milliards de dollars, que le gouvernement Ahmadinejad peut toujours se maintenir ».

Selon les estimations officielles, les subventions gouvernementales sur les produits énergétiques et alimentaires coûteraient chaque année au gouvernement quelque 100 milliards de dollars, mais elles permettaient jusqu’ici à chaque famille iranienne d’économiser chaque année 4 000 dollars, selon le Fonds monétaire international(FMI). Soit davantage que le revenu moyen d’un Iranien, qui s’élève à 3600 dollars.

Le Fonds monétaire international a accueilli favorablement la mise en place de ce plan, en tant que moyen de rééquilibrer l’économie iranienne en difficulté. « Si tout se passe comme prévu par le plan, la stratégie devrait servir le double objectif de générer davantage de revenus pour le pays et de mettre un terme au gaspillage de l’énergie », avaient déclaré en septembre dernier sur le site du Fonds monétaire international le chef de mission Iran du FMI Dominique Guillaume, ainsi que l’économiste Roman Zytek. Selon l’organisation, la suppression des subventions pourrait générer dès la première année un revenu de 20 milliards de dollars, mais pourrait également se traduire par une certaine augmentation des prix.

« Officiellement, l’inflation s’élève aujourd’hui à 10%, révèle Fereydoun Khavand. Mais certains experts considèrent qu’elle est en réalité de 20%. Avec la suppression des subventions, on pourrait atteindre les 30%, sans compter que les nombreuses entreprises qui bénéficiaient des subventions sur l’essence, risquent de ne pas pouvoir supporter les nouveaux coûts, et de devoir mettre la clé sous la porte ».

Certains responsables parlementaires iraniens, y compris conservateurs, ainsi que des membres du Clergé se sont élevés ces derniers mois contre cette décision, craignant qu’elle ait un effet économique et social dévastateur, avec une hausse de l’inflation et du chômage, tandis que les sanctions internationales commencent à ébranler l’économie du pays. Ce matin, le président conservateur modéré du Parlement Ali Larijani, qui s’oppose ouvertement au président Ahmadinejad, a déclaré que “l’application du plan avait besoin d’une volonté nationale et de la coopération de tous”, selon l’agence Irna. La veille, le président iranien avait souligné à la télévision qu’il s’agissait du “plus grand et plus populaire plan économique du pays”.

Pour pallier à tout risque de mouvement de protestation populaire, les forces de police anti-émeutes sont présentes en surnombre depuis hier soir à chaque grande intersection de la capitale afin d’éviter une situation comparable à celle de juin 2007, lorsque des émeutes avaient éclaté après l’annonce de la mise en place d’un plan de rationnement d’essence. « Aucun incident n’a été signalé depuis l’annonce de l’application du plan », a déclaré ce matin le chef de la police de Téhéran, Hossein Sajedinia, cité par l’agence Mehr.

« Le principal problème, c’est que le contexte actuel, avec une crise politique interne ainsi qu’une crise internationale, n’est pas du tout propice à une application de ce plan », avoue Fereydoun Khavand. «En outre, cette réforme ne devrait pas être isolée, mais articulée autour d’autres. Par exemple, celle du dollar, lui aussi subventionné en Iran depuis plusieurs années, afin que le peuple ne ressente pas la hausse des prix sur les produits importés en Iran. Or un dollar à un taux maintenu artificiellement bas handicape l’Iran pour ses exportations. D’autre part, l’Iran a besoin d’autres réformes politiques et économiques de fond, comme la privatisation de ses entreprises, qui appartiennent toujours en majorité à l’État ».

Pour compenser la hausse des prix, le gouvernement a prévu de reverser une partie des économies attendues sous forme d’aide directe à la population. Selon les chiffres officiels, quelque 60,5 millions d’Iraniens (sur 74 millions) se sont inscrits pour recevoir tous les deux mois 890.000 rials (89 dollars) sur un compte bancaire débloqué depuis ce matin, ce qui représente 2,5 milliards de dollars par mois pour le budget de l’Etat.

« 39 $ par mois vont-ils permettre aux Iraniens de compenser une telle hausse des prix ?”, se demande l’économiste. “Surtout quand on sait que lors de son discours télévisé d’hier soir, le président Ahmadinejad a demandé à la population de ne pas dépenser cet argent mais de l’investir ».

Malgré son pessimisme, le spécialiste explique qu’en cas de succès de la réforme, le président iranien pourrait s’attirer les faveurs de la population et des élites, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Et l’ironie du sort, c’est cette idée ne viendrait pas de lui et qu’il y était même tout d’abord farouchement opposé.

« L’idée de la réforme des subventions vient des technocrates réformateurs lors du 3ème plan quinquennal (2000 à 2004) de la présidence du Réformateur Khatami. Mais celui-ci n’a jamais eu le courage de le mettre en œuvre, notamment en raison de la farouche opposition à l’époque du Guide suprême et des ultraconservateurs. Aujourd’hui, Mahmoud Ahmadinejad, qui a éliminé ces technocrates de la politique iranienne, et qui se considère lui-même comme l’ennemi numéro un du libéralisme dans le monde, adopte une réforme des plus libérales qui soit ».


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