Egypte : La révolution pour le pain et la liberté

5 02 2011

Article de notre camarade Ahmad Fatemi publié en anglais le 5 février par Mission Free Iran :

Après avoir suffoquée des décennies sous la dictature, la population d’Egypte a envahi les rues par millions pour dire qu’il y en a assez, que les gens ne peuvent plus accepter cela et qu’ils méritent une vie humaine.

Les événements en Egypte ne sont pas un coup de tonnerre dans un ciel bleu, les révolutions ne le sont jamais. Si les événements en Tunisie, un autre pays d’Afrique du Nord où brule le sentiment révolutionnaire, peuvent être considérés comme un détonateur, la société égyptienne est depuis longtemps une bombe à retardement prête à exploser à tout moment. Cette explosion était inévitable, et si le genre humain extérieur était dans l’ignorance des souffrances indescriptibles du peuple égyptien pendant ces dernières décennies, si le monde a intentionnellement maintenu l’obscurité pour qu’on voit pas l’inimaginable pauvreté, la famine, le chômage, l’exploitation barbare des masses, la corruption et la misère et si le monde a été mis dans l’ignorance de leurs inévitables conséquences, c’est-à-dire l’oppression, l’Etat policier et la répression constante, des milliers et milliers d’emprisonnés, de torturés et d’assassinés, l’humiliation quotidienne et la corruption bouffant toute la société de l’intérieur, et la rage accumulée pendant des années, le monde doit voir et être témoin du développement et de l’intensification des protestations radicales de la classe ouvrière égyptienne, de la majorité de la population d’Egypte.

Aujourd’hui en Egypte, 80% d’une population de 80 millions de personnes vit sous le seuil de pauvreté et 40% de la population vit avec moins de 2 $ par jour, et il n’est pas nécessaire d’être un analyste socio-économique pour comprendre que cette situation n’est pas vivable. Mais comme dans d’autres entités dictatoriales et leurs alliés soi-disant démocratiques, les politiques ne se basent pas sur la logique, mais plutôt en gains politiques à court terme, ne se basent pas sur la solidarité et les sentiments humains, mais sur les intérêts politiques et économiques immédiats.

Cette incroyable situation inhumaine a duré 30 ans. Cette situation était ironiquement appelée, et est toujours désignée ainsi par l’administration US, comme « stabilité ». Ces trente années de « stabilité » ont été payées par des millions d’Egyptiens : assassinats, emprisonnements, tortures, misère et humiliations quotidiennes. Et le coût financier pour créer et soutenir l’appareil nécessaire à une telle répression systématique a été payé par le dur labeur des contribuables américains.

Les dures protestations de la faim menées en 2005 par les pauvres, et les révoltes nommées par leur cause, ceux « du pain », dans une société qui a la plus consommation de pain la plus élevée au monde, est sans le moindre doute la racine de la révolution en cours. Depuis la révolte du pain, la dissidence s’est développée, et ces dernières années, les protestations ouvrières, avec des millions de travailleurs égyptiens qui ont participé à des manifestations, à des sit-in, et à des grèves, ont atteint un niveau historique. Le mouvement ouvrier égyptien, malgré la répression brutale, a gagné une immense énergie, forçat le gouvernement à des reculs et obtenant une partie de ses revendications.

Aujourd’hui, la révolution en Tunisie a certainement déclenché la révolution égyptienne, tout comme la révolution égyptienne en a déjà encouragé d’autres comme au Soudan et au Yémen, et empêche de dormir tous les dictateurs de la région. Et qu’importe la direction que prend la révolution égyptienne, l’Egypte et toute la région, si ce n’est le monde entier, est arrivé à un point de non retour. Après l’expulsion de Ben Ali, et maintenant le rejet profond et total de Hosni Moubarak, la politique mondiale entre dans une nouvelle ère.

Aujourd’hui, le financement et le soutien de dictateurs sur le dos de contribuables qui n’ont aucun intérêt dans la domination politique et l’exploitation de leurs frères et sœurs de l’autre côté du globe, devient de plus en plus problématique si ce n’est impossible. Nous dépassons certainement l’époque où des gouvernements pouvaient miser sur l’ignorance du peuple, nourrir, armer et protéger des dictateurs et les appeler sans honte leurs alliés stables. Au contraire, nous assistons au moment où le tonnerre qui a brisé les très « stables » Ben Ali et Hosni se ressentira bientôt jusqu’à Washington et que les gens poseront des questions et demanderont des réponses et des comptes.

D’un autre côté, ironiquement, la « stabilité » si appréciée, établie avec l’élimination et la persécution de toute opposition politique réelle ou potentielle, a inévitablement laissé aux puissances occidentales très peu d’alternatives « souhaitables », s’il y en a, en tant que substituts pour servir leurs buts politiques. C’est là le dilemme de l’Occident, auquel les Etats-Unis et leurs alliés font face en Tunisie, en Egypte et dans les autres dictatures de la région.

Pourtant, ce qui semble être en surface la force des révolutions tunisienne et égyptienne, « une nation, une revendication, Moubarak doit partir », est en même temps à court terme son talon d’achille. Les répressions, l’oppression, et l’élimination physique des défenseurs du changement radical, des militants ouvriers et des droits humains, l’absence totale des moindres droits aux activités politiques et sociales, combinées à la haine inimaginable pour le dictateur dans l’immense majorité du peuple, a privé la révolution de sa direction et de son organisation révolutionnaires. Nous savons que les femmes d’Egypte brûlent d’avoir leurs droits à l’égalité, nous savons que les ouvriers revendiquent des salaires qui assurent une vie humainement acceptable à 80% de la population, nous savons que le peuple sur les barricades veut la liberté inconditionnelle d’opinion et d’expression, la santé et l’éducation pour tous, nous savons que les Egyptiens veulent la justice sociale et économique et un niveau de vie égale à celui de l’Europe occidentale. Mais ce que nous savons et ce que les gens revendiquent clairement Place Tahrir et les conditions du changement de système et des formes de gouvernement sont deux réalités différentes.

La révolution égyptienne est une révolution sans tête, et le corps, bien qu’animé par l’esprit révolutionnaire, est sans organisation révolutionnaire pour cristalliser les revendications immédiates de la révolution dans l’esprit du corps de la révolution. La révolution n’a déclaré qu’un seul objectif : « Moubarak doit pazrtir », ce qui, bien que cela soit la première condition à tout changement, dont les transformations sociales et économiques radicales, n’est en aucun cas le seul objectif. Cette révolution est contre Moubarak et ce qu’il représente politiquement, économiquement et socialement. Aussi longtemps que la révolution ne s’est pas rassemblée, organisée elle-même, et mis en avant ses revendications, la contre-révolution a les mains libres pour réprimer les masses révolutionnaires, depuis le haut et sur les épaules de la révolution, au moins à cette étape de l’affrontement entre la révolution et les ennemis des pauvres et des défavorisés.

La révolution en Egypte est sans aucun doute une révolution pour la liberté, la dignité et le pain. Il n’y a aucun doute que la dictature de Moubarak arrive à sa fin. La nature du futur gouvernement est complètement dépendant de la clarification des buts et objectifs immédiats de la révolution et des efforts organisés pour les obtenir et de la force qu’il y a derrière.

Les révolutions sont gagnées par l’héroïsme et le sacrifice mais ne sont pas jugées sur ces critères. Les révolutions sont jugées par leurs réalisations. Le statut des femmes égyptiennes, les salaires et le pain sur la table des ouvriers égyptiens, la santé, l’éducation et la liberté, voilà les facteurs qui déterminent la victoire ou la défaite des sacrifices dont nous sommes témoins aujourd’hui.

Vive la révolution !

Ahmad Fatemi, 5 Février 2011


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2 responses

5 02 2011
Egypt: The Bread and Freedom Revolution | برای ایران آزاد mission free iran

[…] Egypte : La révolution pour le pain et la liberté Translation courtesy of Pascal Yasmina, Révolution en Iran […]

30 03 2013

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