Jafar Panahi le grand absent des festivals

10 02 2011

Dépêche AFP, 10 février 2011 :

Lourdement condamné et retenu dans son pays pour avoir filmé des manifestations anti-gouvernementales, le cinéaste iranien Jafar Panahi est désormais l’invité – virtuel – incontournable des grands festivals.

Après Cannes en mai et Venise en septembre, ce sera vendredi au tour de la Berlinale de lui rendre hommage en programmant ses films à l’occasion de l’anniversaire de la révolution iranienne.

Jafar Panahi a été condamné en décembre à six ans de prison et 20 ans d’interdiction de travailler pour de premières images qui étaient encore loin de constituer un film, selon ses partisans.

Connu pour ses critiques sociales grinçantes, Jafar Panahi, 50 ans, est l’un des piliers de la « nouvelle vague » iranienne, dont le sort a ému des géants d’Hollywood comme Steven Spielberg ou Martin Scorsese.

Pour la troisième fois en quelques mois, une chaise est restée vide jeudi à l’ouverture de la Berlinale, symbolisant la présence du cinéaste invité à siéger comme juré et toujours empêché de quitter son pays.

« Nous espérons encore qu’il sera en mesure de venir. Nous n’avons pas abandonné », a assuré Isabella Rossellini, présidente du jury berlinois, estimant que la Berlinale avait voulu prendre en l’invitant « une position claire en faveur de la liberté de l’artiste ».

Caméra D’Or à Cannes, Ours d’Argent à Berlin et Lion d’Or à Venise, Jafar Panahi a reçu « une punition drastique pour un film qui n’existe pas », a estimé le directeur de la Berlinale, Dieter Kosslick.

Cette mobilisation, de festival en célébration, est « importante » juge l’un des plus fervents soutiens du cinéaste, le philosophe français Bernard-Henri Lévy: « Elle permet de peser sur ses procureurs et sur la victime », explique-t-il à l’AFP. « Car pour Panahi, rien ne serait plus désespérant que de se sentir abandonné ».

Mais « la Berlinale ne suffit pas », poursuit-il en appelant « le monde du cinéma » à observer « cinq minutes de silence pour rendre hommage à Panahi », qui reste assigné à résidence après avoir fait appel de ses condamnations.

La réponse de la justice iranienne pourrait intervenir d’ici la fin du mois, estime M. Lévy, d’où la nécessité de ne pas relâcher la pression.

Vendredi, le public berlinois pourra, entre autres, voir ou revoir « Hors-jeu », primé dans la capitale allemande en 2006 – ou comment, quand on est une fille en Iran, assister à un match de foot: le 11 février 1979 est la date-anniversaire de l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini, après la chute du Shah d’Iran.

Puis, la semaine prochaine, la Berlinale organise un débat sur la censure avec des cinéastes iraniens comme Rafi Pitts, qui avait présenté « The Hunter » à Berlin l’an passé, ou Ali Samadi Ahadi, auteur d’un documentaire sur les manifestations consécutives à l’élection présidentielle iranienne en 2009 (« The Green Wave »).

Au magazine berlinois Tip, Samadi Ahadi (qui réside en Allemagne) déclare que « le cinéma iranien est en état d’urgence, parce que le gouvernement ne laisse pas vraiment les gens travailler depuis 2009 ».

Mais, prévient-il, « si le gouvernement piétine aujourd’hui les droits de son peuple, pourquoi n’en ferait-il pas de même avec la communauté internationale? »


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12 02 2011
SW

« Artistes d’Iran, passeurs de Culture(s) »
http://www.microcassandre.org/?p=1893

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