Il y a un an notre camarade Farzad Kamangar était assassiné

9 05 2011

Il y a un an, le 9 mai 2010, notre camarade Farzad Kamangar, instituteur au Kurdistan, militant ouvrier et des droits des femmes, communiste et poète était exécuté avec quatre autre prisonniers politiques par les bourreaux de la République Islamique à Téhéran.

Enseignant de 35 ans et membre du syndicat professionnel des enseignants kurdes, il avait été accusé de « mettre en danger la sécurité nationale » et « inimitié envers Dieu » et condamné à mort en février 2008 suite à un simulacre de procès qui a duré moins de cinq minutes. Dans une de ces dernières lettres de prison, il avait décrit les tortures qu’il avait subi pendant sa détention.

S’adressant à ces élèves, garçons et filles, dans une lettre depuis la prison, il écrivait :

« Qui sait, peut-être que si vous n’étiez pas nées dans une telle misère et une telle souffrance, vous pourriez maintenant collecter des signatures pour la Campagne des Femmes. Ou, si vous n’étiez pas nées dans ce coin de « la terre oubliée de Dieu », vous ne seriez pas forcées de dire adieu, avec les larmes aux yeux, à l’école pour « la blanche dentelle de la féminité » et expérimenter « l’amère histoire du deuxième sexe ».

Filles du pays d’Ahoora, demain, lorsque vous cueillerez des fleurs dans les vallées pour faire des couronnes à vos enfants, parlez-leur de toute la pureté et du bonheur de votre enfance.

Garçons du pays du soleil, je sais que vous ne pouvez plus vous asseoir, chanter et rire avec vos camarades de classe, parce qu’après la tristesse d’être devenus des hommes, vous devez faire face à la douleur de devoir « gagner du pain ». Rappelez-vous de ne pas tourner le dos à vos poèmes, à vos chansons, à vos Leyla et à vos rêves. Apprenez à vos enfants à être des enfants « des poèmes et des pluies » pour leur terre, pour le présent, et pour demain. »

S’adressant à ses collègues enseignants emprisonnés, dans son texte « Soyez forts camarades« , il disait :

Est-il possible d’être un enseignant et de ne pas montrer le chemin de la mer aux petits poissons du pays ? Et quelle différence qu’il vienne d’Aras (rivière d’Azerbaïdjan, au nord-ouest de l’Iran), de Karoon (rivière du Khuzestan, au sud-ouest de l’Iran), de Sirvan (rivière du Kurdistan) ou de Sarbaz Rood (rivière de la région de Sistan et Balouchestan) ? Quelle différence lorsque la mer est leur destin commun, celui d’être unis comme un seul ? Le soleil est notre guide. Que la prison soit notre récompense, et c’est très bien ainsi !

Est-ce possible de porter le lourd fardeau d’être enseignant et responsable de faire germer des graines de conscience et de rester silencieux ? Est-ce possible de voir les blessures dans la gorge des élèves et d’être témoins de leurs visages malades et sous-nourris et de rester silencieux ?

Est-il possible d’être dans une année sans justice et sans équité et d’échouer à enseigner la lettre E pour Espoir et pour Egalité, même si une leçon vous conduit à la prison Evin ou a pour conséquence votre mort ?

Dans un autre de ses messages de prison, « laissez battre mon coeur« , il pensait au jour de son exécution et rêvait que son coeur batte dans le corps d’un enfant :

Laissez mon cœur battre dans la poitrine de quelqu’un, et la langue qu’elle ou il parle ou la couleur de sa peau n’a aucune importance, mais que ce soit l’enfant d’une personne travailleuse, à qui les mains calleuses du père fassent brûler dans mon cœur la colère contre les inégalités. Que mon coeur batte dans la poitrine de quelqu’un qui dans l’avenir deviendra un enseignant dans un village éloigné. Ses élèves le ou la salueront chaque matin avec de magnifiques sourires et ils partageront avec elle ou lui leurs joies et leurs jeux. Peut-être que ces enfants ne feront pas l’expérience du goût de la pauvreté et de la faim et que leurs mots ne connaîtront pas de signification pour « prison, torture, oppression et inégalités ».

Permettez à mon coeur de battre où que ce soit dans ce large monde, soyez seulement attentifs à ce qu’il devienne le coeur de quelqu’un qui a énormément à dire à propos de son peuple et de sa terre, un peuple qui a une histoire de souffrance, de douleur et de tristesse.

Laissez mon cœur battre dans la poitrine d’un enfant, pour que dans un rayon de soleil je puisse crier dans ma langue maternelle : je voudrais être une brise et diffuser le message de l’amour de l’humanité à la terre entière.

Le 12 novembre 2009, il avait écrit une « lettre d’adieu d’un condamné à mort à un autre condamné à mort« , adressé à Ehsan Fattahian, militant du groupe marxiste kurde Komalah et exécuté le 11 novembre :

Camarade, repose en paix…

Parce que l’étoile de la mort est suivie du rayon de soleil, et que l’expression de la potence qui rêve de la mort sur notre terre est chaque nuit la naissance d’un enfant dans les environs du Mont Zagros pour la désobéissance et la révolution.

Repose en paix ta tête dans le ventre de la terre, pour renaître et repousser demain.

En absence d’une berceuse maternelle, des adieux d’une sœur et des larmes d’un père, repose en paix dans la terre qu’Abrahim, Nader et Kaumerth t’ont confié.

Camarade, dis-moi seulement… Dis-moi, je veux entendre ce que tu murmurais sur la potence lorsque le son de tes pieds se mélangeait à la douleur. Je veux apprendre le poème que je devrais réciter. Quel hymne ou chant je devrais chanter ? Ou quel nom je devrais murmurer à mes genoux pour rester droit ? Dis-moi ce que je dois apprendre, comment garder le cœur courageux lorsque je regarde en arrière…

Il y a un an, jour pour jour, c’est notre camarade Farzad qui a été exécuté. Mais notre Farzad continue de vivre dans nos cœurs, ses lettres continuent d’être lues, et son idéal d’un monde débarrassé de la misère et de l’oppression, son combat pour la liberté et l’égalité resteront source d’inspiration à travers le Kurdistan, l’Iran et le monde entier… Comme il le rêvait, son coeur continue et continuera de battre dans la poitrine d’enfants du monde entier que la misère et l’oppression pousseront à se révolter par amour de l’humanité.


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10 05 2011
Zum Gedenken an Farzad Kamangar, Ali Heydarian, Farhad Vakili, Shirin Alam-Houli und Mehdi Eslamian « Entdinglichung

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