Une brève histoire des organisations ouvrières en Iran

13 08 2011

Article de Saeed Salehinia, militant du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran, sur l’histoire des organisations ouvrières en Iran, Juillet 2011 :

Introduction:

L’histoire de l’émergence des travailleurs en Iran commence au début du vingtième siècle. Avec l’évolution de la lutte des classes, les organisations de travailleurs ont aussi évolué. Deux modèles distincts d’organisations peuvent être identifiées à travers l’histoire de la lutte des classes et de la dynamique entre la dictature et le mouvement de la gauche en Iran, avec différentes caractéristiques d’action et de fonction :
1- Le mouvement syndical (des années 1920 à nos jours)
2- Le mouvement des conseils et des assemblées générales (de la révolution de 1979 à nos jours).

Cet article cherche à mettre brièvement en lumière ces traits sus-mentionnés dans le mouvement ouvrier en Iran.

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Notre histoire : Komala et la lutte armée au Kurdistan

19 12 2010

Le Parti Communiste-Ouvrier d’Iran ne s’est pas créé du jour au lendemain, mais dans le cadre des luttes révolutionnaires, d’abord contre la monarchie, puis contre la République Islamique, en Iran.

Vidéo : Chant pour Komala par Nejma Ghulami, ancien peshmerga communiste au Kurdistan

Petit groupe marxiste, l’Union des Militants Communistes, animé par Mansoor Hekmat, Hamid Taqvaee, Azar Majedi, Gholam Keshavarz (assassiné à Chypre en août 1989 par les services secrets iraniens), Iraj Azarin et Mehdi Mirshahzadeh (arrêté à l’automne 1982, torturé et finalement exécuté le 13 mai 1984), se différencie d’une grande partie de la gauche et de l’extrême-gauche iranienne en qualifiant dès 1979 le régime de Khomeneiny de contre-révolutionnaire et de réactionnaire et refusant tout soutien à ce régime. L’Union des Militants Communistes prend ainsi position prend position contre l’imposition du hijab pour les femmes. La pression et la répression croissante du Hezbollah et des forces de répression de la République Islamique contre les militant(e)s communistes ou de gauche va pousser de nombreux militants à se réfugier dans les zones libérées du Kurdistan. La rencontre des militants de l’Union des Militants Communistes et de ceux de Komala amènera à la création du Parti Communiste d’Iran en 1983, puis à la création en 1991 du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran. Aujourd’hui encore, de nombreux militant(e)s et cadres du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran sont issu(e)s de Komala et ont participé aux années de lutte armée contre la République Islamique dans les montagnes du Kurdistan. De nombreuses et nombreux camarades ont également perdu leurs vies dans la lutte pour le socialisme et la liberté lors de la lutte armée au Kurdistan.


Création de Komala

Komala est un mot Kurde qui signifie « société », au sens large comme au sens restreint d’association, de comité ; c’est aussi, depuis 1969, le sigle de l’« Organisation révolutionnaire du peuple ouvrier du Kurdistan ». Le choix de ce nom n’est évident pas neutre, car il évoque le Komala y Jiyanenewe-y Kurd, l’« Association pour la renaissance Kurde ». Cette organisation fondée en 1942, avait favorisé création de l’éphémère République de Mahabad en 1946-47, à la faveur de l’occupation du nord de l’Iran par les troupes soviétiques. C’est aussi, symboliquement, reprendre l’héritage du « Parti démocratique du Kurdistan Iranien » (PDKI), lui-même issu de ce premier Komala, et par ce geste, symboliquement proclamer sa mort en temps qu’organisation révolutionnaire, en reprendre le flambeau.

A l’origine, il s‘agit d’un groupe étudiant d’inspiration maoïste créé à Téhéran par des étudiants kurdes. Il ne compte, à sa création, guère plus de cinq personnes. L’organisation se caractérise par le refus de la guérilla, le rejet du révisionnisme soviétique et celui du nationalisme Kurde. Après quelques années de gestation intellectuelle, Komala va s’engager dans le travail de masse en direction de la classe ouvrière. Elle mène une activité de propagande clandestine, qui lui vaut l’emprisonnement de nombreux militants en 1975. La révolution de 1978 va lui permettre de se développer au grand jour, jusqu’à l’intervention militaire des troupes iraniennes dans la province occidentale. Les militants de Komala vont alors saisir l’occasion historique, en appelant à la résistance armée face au régime islamiste. A la faveur de l’insurrection contre le chah, les Komalistes s’équipent en armes saisies dans les casernes et mettent sur pied un embryon d’organisation militaire.

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Quelques éléments sur l’histoire du mouvement communiste et les impasses du stalinisme au Moyen-Orient

22 06 2010

Timbre de la République Soviétique du Gilan, 1920

Dès la fin du 19ème siècle, l’industrialisation rapide au nord de l’Iran favorise l’apparition de cercles marxistes tant chez des intellectuels que dans la classe ouvrière. Dans le cadre de la révolution constitutionnelle perse (1905-1911), la première traduction en farsi du Manifeste du Parti Communiste est publiée 1909 à Rasht dans la province de Gilan. Dans cette province, un mouvement démocrate radical, le Jangal (« hommes de la forêt » ou Mouvement Constitutionnaliste du Gilan) entre dès 1914 en rébellion contre le régime du Shah. Les Jangali se renforcèrent grâce à la révolution russe de 1917. En mai 1920, une République socialiste soviétique perse (plus connue sous le nom de République Soviétique de Gilan) est proclamée. La même année, le Parti Communiste d’Iran est constitué à Bakou. En désaccord avec les communistes, Mirza Kuchak Khan, chef de file des Jangali quitte Rasht et ce sont les communistes qui prennent le pouvoir. Soutenue par l’armée rouge, cette république soviétique prend des mesures radicales et audacieuses : propagande anti-religieuse et confiscation des biens des riches seigneurs terriens. En juin 1920, le conseil de guerre révolutionnaire de l’armée rouge perse envoie un message de salutation à Trotski pour lui indiquer que « par la volonté du peuple travailleur, un pouvoir des soviets est organisé en Perse » et qu’une « armée rouge, dans la ligne de l’armée rouge russe, est mise en place pour détruire l’esclavage du peuple perse ». En 1921, suite à un accord entre la Russie et la Grande-Bretagne, l’armée rouge se retire de Gilan. Sous les coups de l’armée monarchiste iranienne et de réactionnaires religieux, la République Socialiste Soviétique Perse est démantelée en septembre 1921.

Dans d’autres pays de la région aussi, la révolution d’Octobre et la création de l’Internationale Communiste permettent la naissance de partis communistes. C’est ainsi que voient le jour le Parti Communiste de Palestine (1920), formé par l’aile gauche du Poale Sion (Les ouvriers de Sion, parti sioniste socialiste), le Parti Communiste Turc (TKP en 1920), le Parti Communiste de Syrie et du Liban (1924) ou le Parti Communiste d’Irak (1934). Dès leurs créations, ces jeunes partis communistes doivent souvent agir dans la clandestinité. En Turquie, Mustafa Suphi (1881-1921), premier secrétaire général du TKP et quatorze de ses camarades sont massacrés en janvier 1921 sur les ordres de Mustafa Kemal. Le TKP ne connaîtra qu’une courte de période de légalité entre décembre 1921 et mars 1925 où il publie le bulletin Orak-Çekiç (Marteau et faucille) qui lui permet de se développer dans la classe ouvrière. Le Parti Communiste de Syrie et du Liban est lui interdit peu après sa fondation par les autorités coloniales françaises. Pourtant, malgré la répression, le mouvement communiste au Moyen-Orient réunit dès ses origines des militants ouvriers arabes, juifs, turcs et kurdes (Khalil Bakdash, secrétaire général du PCSL en 1936, est kurde par exemple). Le Parti Communiste de Palestine, créé à l’origine par des militants juifs, recrute des militants arabes palestiniens en développant des contacts avec l’Organisation des Ouvriers Arabes Palestiniens, et, sur ordre du Komintern, des militants juifs du PCP aideront à développer le mouvement communiste en Syrie et au Liban. Les militants communistes palestiniens furent aussi soumis à la répression des troupes d’occupation britanniques, si bien que Léopold Trepper et Daniel Averbach, deux fondateur du parti, durent fuir en URSS. Si grâce au soutien de la vieille garde bolchevique, Léopold Treeper échappa aux purges staliniennes (et sera l’organisateur de l’orchestre rouge pendant la deuxième guerre mondiale), Daniel Averbach fut liquidé par les staliniens en 1938.

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20 juin 1981 – 20 juin 2009

14 06 2010

A l’approche de l’anniversaire de l’assassinat de Neda Agha-Soltan le 20 juin 2009 à Téhéran par les forces du régime islamique, le PCOI a publié sur son blog cet interview de Mansoor Hekmat de juin 2000 en souvenir du 20 juin 1981 lorsque le régime islamique a affirmé son pouvoir par un coup d’Etat.

20 juin 1981 : Un des plus grands crimes du 20ème siècle

Interview de Mansoor Hekmat par Radio International

  • Radio International : La perception commune est que la République Islamique est une conséquence de la révolution de 1979. Pourtant, tu as déclaré que, comme la plupart des révolutions, la révolution iranienne de 1979 a été brisée par une répression brutale. Explique cela.

Mansoor Hekmat : N’importe quel observateur indépendant qui étudie cette histoire verra que le peuple s’est soulevé contre une monarchie dictatoriale, sa police secrète, ses prisons et ses tortures (ceux qui n’ont pas fait directement l’expérience de cette période devraient sérieusement revoir cette histoire). Dans cette société, il n’y avait pas de liberté d’expression, de presse et d’organisation. Les syndicats et les activités socialistes étaient inexistants. Il n’y avait pas de liberté pour l’activité politique. C’était un pouvoir despotique, d’un seul homme, dépendant de la police, de l’armée et des services de renseignements. L’inégalité économique était flagrante, avec un développement de la misère à côté  d’énormes richesses. Le peuple s’est levé contre ça, pour l’égalité et la libération de la répression politique et de l’exploitation économique. C’est ce qui est connu comme la révolution de 1979 (1357).

Téhéran 1978 : Le peuple face à l’armée

Lorsqu’il était devenu évident que le régime du Shah était incapable de réprimer ce mouvement révolutionnaire, le mouvement islamiste a commencé à lever la tête. Ce mouvement réactionnaire, qui appartenait au passé et avait continué à exister dans les marges de la société iranienne, était contre la civilisation, la modernisation sociale, les droits des femmes et le développement. Une des personnalité de ce mouvement, Khomeiny, qui était en exil en Irak, fut envoyé à Paris et placé sous les projecteurs. A partir de ce moment, les gouvernements et les médias occidentaux ont largement fait la promotion de ce mouvement islamiste comme l’alternative qui pourrait et devrait remplacer le gouvernement du Shah. Finalement, le Général Robert Huyser, l’envoyé spécial du gouvernement des Etats-Unis en Iran, a discuté avec l’armée et a assuré son allégeance à Khomeiny. Une large section de l’opposition traditionnelle et nationale de cette époque, comme le Front National, le Parti Tudeh, etc., ont déclaré leur allégeance au mouvement islamiste. En conséquence, le courant islamiste fut poussé aux premières lignes du mouvement anti-monarchiste.  Contrairement à la volonté du courant islamiste, le peuple s’est soulevé (connu comme l’insurrection du 22 Bahman, 11 février 1979) et a entrainé la défaite de l’armée du Shah lors d’une confrontation armée. Il en est sorti la formation d’un gouvernement sous la direction et le contrôle du courant islamiste.

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