La femme dans la vie et dans la mort : De Frederick West à Anthony Kennedy

24 11 2010

Article de Mansoor Hekmat publié pour la première fois en avril 1994 dans « International« , journal du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran. Si cet article se base sur des faits qui ont eu lieu en Grande-Bretagne en 1994, l’analyse qui en est faite est pertinente plus de 10 ans après et dans le monde entier. Nous publions cette traduction à l’occasion de la Journée Internationale contre les Violences Faites aux Femmes.


La Femme dans la vie et dans la mort : De Frederick West à Anthony Kennedy

Une nouvelle horrible a assommé la Grande-Bretagne début mars (1994). Dans l’humble cité historique de Gloucester, célèbre pour ses cafés cosy et sa cathédrale du 11ème siècle, on a découvert une maison qui est devenue la tombe pour les corps des victimes de meurtres mystérieux qui ont eu lieu ces 25 dernières années. A la mi-mars, neuf corps ont été retrouvés sous le plancher de la cave, dans le jardin et sous le sol de la salle de bain de la maison située au 25 rue Cromwell, qui a été surnommée « la maison des horreurs ». La police estime que, sur la base d’indices comme le nombre de personnes disparues dans la région ces dernières années, le chiffre pourrait monter à plus de 30 corps.

A chaque corps déterré, quiconque a un proche disparu ces dernières années retient son souffle. Avec cette découverte macabre, la foule des journalistes, des touristes et des curieux qui campent à l’extérieur, avec leurs appareils photos et leurs pic-niques, grossit. Les voisins louent des « vues » depuis leurs fenêtres. tout le monde, selon sa profession et sa spécialité, dit quelque chose : le maire de Gloucester pleure la « mort d’une ville ». Un journaliste « scientifique » est fasciné par la technologie des radars des détecteurs de mines militaires qui viennent de la guerre des Malouines, maintenant utilisés par la police comme outil principal pour leurs recherches. Alors que les experts médico-légaux de la police tentent d’identifier les victimes avec des tests d’ADN et des reconstructions faciales, les psychologues luttent pour comprendre la pensée et l’imagination de l’assassin. Quelle créature, quel individu malade et tordu peut commettre de tels crimes ? Que le coupable doit être « malade » est un postulat commun. En effet, comme l’a avancé un médecin légiste dans un cas similaires aux Etats-Unis, comment le coupable d’un tel « crime anormal » pourrait être une personne normale ?

Frederick West,le propriétaire et habitant âgé de 52 ans de la maison, a été arrêté et accusé de ces meurtres. De nombreux psychanalystes vont sans doute plonger dans les profondeur de son cerveau et publieront des livres sur la bases de leurs hypothèses. Mais il y a un point, qui vient et disparaît comme une simple phrase dans les rapports de la police et des journalistes, un point réel qui va au-delà du meurtrier et de son monde privé : toutes les victimes de ses crimes étaient des femmes.

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Le marxisme et le monde actuel [2]

1 10 2010

Deuxième partie de l’interview de Mansoor Hekmat, fondateur du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran, « Le marxisme et le monde actuel » traduite par l’Initiative Communiste-Ouvrière. Cette interview a été publiée pour la première fois en anglais dans « International », le journal du Parti communiste-ouvrier d’Iran, n°1, février 1992 [Première partie ici]. Première publication en français par la Bataille Socialiste.

International : Quelle est l’alternative de la société socialiste pour la compétition et la motivation individuelle ? Comment une société socialiste peut-elle assurer une amélioration constante des méthodes de production, une augmentation de la diversité et la qualité des produits, le développement technologique et d’innovation, voire ce que, sous le capitalisme, nous appelons des révolutions technologiques ? Quel type de mécanisme va assurer le mouvement constant de l’être humain vers l’innovation et l’amélioration de la production ?

Mansoor HEKMAT : L’innovation technique et l’amélioration de la qualité des productions ne sont pas une invention du capitalisme, pas plus que la production des biens de subsistance. Dans le système capitaliste, le mouvement constant de l’être humain pour reproduire et améliorer ses conditions de vie est organisé d’une manière particulière. Dans ce mode de production, la compétition et l’incitation individuelle ne sont pas l’origine du progrès technique. Ce sont les moyens par lesquels les nécessités fondamentales qui exercent leur pression sur le capital social total, sont transmises aux entreprises et aux individus sur le marché et activent celui-ci. L’augmentation constante de la productivité du travail et du taux de plus-value sont les conditions nécessaires pour empêcher la chute du taux de profit lors de la croissance du capital constant. Ce besoin de l’ensemble du capital social est transmis par le marché aux capitaux individuels et aux entreprises comme besoin de concurrence. Le capital qui n’améliore pas sa technique sort du circuit. Cette concurrence existe aussi dans le circuit suivant, cette fois en tant que compétition entre les producteurs de moyens de production. La science, la curiosité scientifique, l’invention et l’innovation sont donc organisés à travers le marché et par le capital. Les êtres humains sont toujours à la recherche de la science et de l’amélioration dés techniques de production et de la qualité de leur vie. Mais sous le capitalisme, ce mouvement intrinsèque de l’être humain est organisé autour de la rentabilité et de l’accumulation du capital. Il ne fait pas de doute que, comparé aux systèmes antérieurs, le capitalisme a largement augmenté l’intensité et l’ampleur de l’activité scientifique et technique. Mais la forme spécifique de cette activité dans ce système ne doit pas être confondue avec son origine réelle Les incitations matérielles individuelles et la compétition entre les entreprises ne sont pas l’origine de la curiosité scientifique de l’homme et de l’innovation technique. Ce sont ses formes particulières, à travers lesquelles le capital peut accommoder cette activité incessante de l’homme, exactement comme le mouvement de l’homme dans la production de ses moyens de subsistance.

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Le marxisme et le monde actuel

12 09 2010

Première partie de l’interview de Mansoor Hekmat, fondateur du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran, « Le marxisme et le monde actuel » traduite par l’Initiative Communiste-Ouvrière. Cette interview a été publiée pour la première fois en anglais dans « International », le journal du Parti communiste-ouvrier d’Iran, n°1, février 1992.

  • International : Les commentateurs bourgeois ont qualifié l’écroulement du bloc soviétique de « défaite du socialisme » et de « fin du communisme ». Y a-t-il une quelconque vérité dans une telle formulation ? Jusqu‘à quel point cet écroulement, voire l’expérience soviétique dans son ensemble, représentent-ils un échec pour le socialisme ?

Mansoor HEKMAT : En ce qui concerne le communisme-ouvrier et le marxisme, ces changements ne montrent ni la défaite du socialisme, ni la fin du communisme. Ce dont nous sommes témoins aujourd’hui est la défaite d’un type particulier du socialisme bourgeois et du modèle capitaliste d’État sur lequel il était fondé.

Pour nombre de ceux qui se disent communistes – en fait, la majorité –, il a toujours été clair que l’Union Soviétique n’était pas un pays socialiste, qu’elle était absolument étrangère à l’interprétation marxiste du communisme. Même certains penseurs bourgeois, certains soviétologues l’ont admis. Aujourd’hui, l’idéologie officielle bourgeoise insiste pour identifier de nouveau l’Union soviétique au marxisme et au communisme, sans prendre en compte ces études contradictoires. C’est une arme de propagande dans le combat contre le marxisme et le véritable communisme ouvrier. Les tenants de cette idéologie bourgeoise officielle disent que le socialisme a été vaincu pour pouvoir le mettre en échec, ils disent que le communisme est fini pour qu’ils puissent y mettre fin. Ce sont les cris de guerre de la bourgeoisie ; plus ils sont violents, plus ils confirment la vitalité du communisme comme une menace ouvrière potentielle pour la société bourgeoise.

L’écroulement du bloc de l’Est, en lui-même, n’est pas un argument contre le communisme. L’Union soviétique et le bloc de l’Est ne représentent, sous aucun critère économique, politique, administratif ou idéologique, le communisme et le socialisme. Mais il est vrai que l’expérience de l’Union Soviétique, dans son ensemble, a été une expérience échouée pour la révolution prolétarienne d’Octobre. Nous avons déjà parlé de cette question dans plusieurs numéros du bulletin « le marxisme et la question de l’Union Soviétique ». Je crois que la révolution ouvrière de 1917 a réussi à arracher le pouvoir politique des mains de la bourgeoisie. Elle a su vaincre les tentatives politiques et militaires des anciennes classes dominantes de restaurer l’ancien ordre politique. Mais à partir de cette étape, le destin de la révolution ouvrière est relié directement à sa capacité à transformer les rapports économiques et à réaliser le programme économique socialiste de la classe ouvrière. C’est sur ce point que la révolution soviétique a échoué à aller au-delà. Au lieu de la propriété collective des moyens de production, c’est l’étatisation du capital et la propriété étatique des moyens de production qui ont été adoptés. Le salariat, la monnaie, la valeur d’échange, et la séparation de la classe productrice des moyens de production, tout cela a subsisté. Dans la deuxième moitié des années 1920, le modèle économique adopté fut la construction d’une économie nationale sur les bases d’un modèle capitaliste d’État. En fait, après une révolution prolétarienne, c’était pour la bourgeoisie la seule alternative historique possible pour maintenir les rapports capitalistes en Russie. Avec la consolidation économique du capital, la victoire politique de la classe ouvrière russe était renversée. Un État bourgeois bureaucratique centralisé a remplacé l’État ouvrier révolutionnaire de l’époque de Lénine. Le nationalisme bourgeois, basé sur un modèle déformé du capitalisme, a vaincu le communisme. Ce n’est pas l’écroulement de l’Est, mais l’apparition de ce phénomène qui témoigne de la défaite subie par le communisme ouvrier. Et cela n’a pas commencé aujourd’hui, ni avec ces événements.

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L’expérience de la révolution ouvrière en Union soviétique

19 08 2010

Alors qu’en Iran comme partout dans le monde, la barbarie et la crise du capitalisme crient l’urgence de la révolution sociale, un texte de Mansoor Hekmat (fondateur du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran) de 1986 traduit par en français par l’Initiative Communiste-Ouvrière.


Une fois que la classe ouvrière aura pris le pouvoir, la société sera objectivement face à cette question : que faire avec ce pouvoir ? Si ce pouvoir n’est pas employée pour révolutionner les relations économiques de la société et pour transformer les fondations de la propriété bourgeoise et de la production, si le pouvoir politique de la classe ouvrière n’est pas utilisé comme un moyen d’instaurer la propriété commune des moyens de production et d’abolir le travail salarié, si ce pouvoir n’est pas utilisé afin d’amener la révolution économique qui constitue l’essence de la révolution socialiste, alors toute victoire est vouée à l’échec, alors, la domination politique même des travailleurs sera temporaire et, dans un contexte historique plus large, non concluante – telle est la leçon fondamentale de la révolution ouvrière en Russie.

Note des traducteurs

Ce texte est issu d’un séminaire qui s’est tenu en 1986. Le Parti Communiste d’Iran, opposé au soi-disant « communisme » de la Chine et de l’URSS, disposait encore de forces armées qui menaient la guérilla contre le régime islamique d’Iran, tout en mettant l’accent sur l’organisation ouvrière clandestine dans les grandes villes du pays. La question de la « nature de l’URSS », débattue depuis l’existence même de celle-ci, était une question centrale pour tous les communistes, qui se voyaient toujours renvoyés çà ce modèle dont l’effondrement était proche.

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Brochures de Mansoor Hekmat en français

25 07 2010

Deux brochures de Mansoor Hekmat, fondateur du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran (PCOI), sont disponibles en français sur le site communisme-ouvrier infos pour être téléchargées en PDF.

  • « Les caractéristiques fondamentales du Parti Communisme-Ouvrier »

« Le Parti communiste-ouvrier n’a aucune sympathie nationaliste que ce soit. Nous parlons de l’humanité et des travailleurs. Voila des concepts qui sont valables pour nous. Tout autre division, toute autre classification qui les séparerait n’est pas valide à nos yeux. Nous demandons, bien sûr, et nous nous battons pour l’abolition de toute discrimination fondée sur les divisions, toutes les catégorisations de l’humanité, mais ces divisions ne sont pas, en elles-mêmes, le point de départ de notre travail et de notre organisation politique. Nous ne sommes pas surgis d’une lutte nationale, nous ne reconnaissons aucune frontière nationale ou étatique dans notre travail et d’agitation politique. La lutte de classe, partout, est au centre de notre activité. »

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A propos du communisme-ouvrier

15 06 2010

Une bonne synthèse de ce qu’est le communisme-ouvrier, la pensée de Mansoor Hekmat et donc le Parti Communiste-Ouvrier d’Iran publiée le 13 juin 2010 par Rouge Midi.

Le mouvement communiste, contrairement à une idée largement répandue, a été, et est toujours, caractérisé par la diversité des approches, par les différences ou même les divergences dans les conceptions et les programmes, diversité, différences et divergences qui ne peuvent seulement trouver une causalité dans la multitude des situations concrètes de chaque pays ou de chaque époque. Il est toujours possible de regretter cette situation, je précise que ce n’est pas mon regard, mais les réalités, nous le savons, ou devrions le savoir, par expérience, sont têtues et bravent toutes les subjectivités. Nous poursuivons aujourd’hui, en conséquence, la présentation de cette diversité avec un marxiste iranien dont on parle peu en général, et pourquoi donc, Mansoor Hekmat, 1951-2002, pseudonyme de Zhaobin Razani, fondateur dans un premier temps en 1978 de l’Union des militants communistes, qui prend part à la révolution iranienne de 1979. Il sera très influencé par la création par la création de conseils ouvriers ( Shoras ).

REFUS DE TOUT SOUTIEN AU REGIME ISLAMISTE

Pour sa part, Mansoor Hekmat refuse tout soutien au régime islamiste de l’ayatollah Khomeiny, contrairement à la majorité de la « gauche », et dénonce le « mythe de la bourgeoisie nationale-progressiste ».

Contraints de fuir au Kurdistan en 1981 en raison de la répression, les militants de l’Union des militants communistes fusionnent avec une organisation kurde issue du maoïsme, Komala, avec laquelle ils fondent le Parti communiste d’Iran.

La nouvelle organisation dispose d’une véritable armée, laquelle tient tête au régime iranien et aux nationalistes. Dans leur « zone libérée », les droits des femmes sont respectés, ce qui leur vaut la haine des traditionalistes.

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20 juin 1981 – 20 juin 2009

14 06 2010

A l’approche de l’anniversaire de l’assassinat de Neda Agha-Soltan le 20 juin 2009 à Téhéran par les forces du régime islamique, le PCOI a publié sur son blog cet interview de Mansoor Hekmat de juin 2000 en souvenir du 20 juin 1981 lorsque le régime islamique a affirmé son pouvoir par un coup d’Etat.

20 juin 1981 : Un des plus grands crimes du 20ème siècle

Interview de Mansoor Hekmat par Radio International

  • Radio International : La perception commune est que la République Islamique est une conséquence de la révolution de 1979. Pourtant, tu as déclaré que, comme la plupart des révolutions, la révolution iranienne de 1979 a été brisée par une répression brutale. Explique cela.

Mansoor Hekmat : N’importe quel observateur indépendant qui étudie cette histoire verra que le peuple s’est soulevé contre une monarchie dictatoriale, sa police secrète, ses prisons et ses tortures (ceux qui n’ont pas fait directement l’expérience de cette période devraient sérieusement revoir cette histoire). Dans cette société, il n’y avait pas de liberté d’expression, de presse et d’organisation. Les syndicats et les activités socialistes étaient inexistants. Il n’y avait pas de liberté pour l’activité politique. C’était un pouvoir despotique, d’un seul homme, dépendant de la police, de l’armée et des services de renseignements. L’inégalité économique était flagrante, avec un développement de la misère à côté  d’énormes richesses. Le peuple s’est levé contre ça, pour l’égalité et la libération de la répression politique et de l’exploitation économique. C’est ce qui est connu comme la révolution de 1979 (1357).

Téhéran 1978 : Le peuple face à l’armée

Lorsqu’il était devenu évident que le régime du Shah était incapable de réprimer ce mouvement révolutionnaire, le mouvement islamiste a commencé à lever la tête. Ce mouvement réactionnaire, qui appartenait au passé et avait continué à exister dans les marges de la société iranienne, était contre la civilisation, la modernisation sociale, les droits des femmes et le développement. Une des personnalité de ce mouvement, Khomeiny, qui était en exil en Irak, fut envoyé à Paris et placé sous les projecteurs. A partir de ce moment, les gouvernements et les médias occidentaux ont largement fait la promotion de ce mouvement islamiste comme l’alternative qui pourrait et devrait remplacer le gouvernement du Shah. Finalement, le Général Robert Huyser, l’envoyé spécial du gouvernement des Etats-Unis en Iran, a discuté avec l’armée et a assuré son allégeance à Khomeiny. Une large section de l’opposition traditionnelle et nationale de cette époque, comme le Front National, le Parti Tudeh, etc., ont déclaré leur allégeance au mouvement islamiste. En conséquence, le courant islamiste fut poussé aux premières lignes du mouvement anti-monarchiste.  Contrairement à la volonté du courant islamiste, le peuple s’est soulevé (connu comme l’insurrection du 22 Bahman, 11 février 1979) et a entrainé la défaite de l’armée du Shah lors d’une confrontation armée. Il en est sorti la formation d’un gouvernement sous la direction et le contrôle du courant islamiste.

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Le voile et le droit des filles

2 03 2010

Article de Mansoor Hekmat sur le droit des enfants (en particulier des filles) et le voile. Si ce texte publié sous le titre « L’islam, les droits des enfants et le voile-gate de Rahe Kargar » date de 1997, les points qui y sont abordés, en particulier sur les droits des femmes et les droits des enfants, restent bel et bien d’actualité.

Récemment, 2 tracts avec le même esprit, le même contenu et, peut-être, de la même plume, ont été diffusés à Stockholm. Ces tracts, d’un ton très agressif, prennent position contre « la campagne pour la défense des droits des femmes iraniennes ». Ils nécessitent une réponse sérieuse. Le premier tract porte la signature de la revue suédoise, « les femmes et le fondamentalisme », et le deuxième, celle de RAHE-KARGAR [1] elle-même.

Apparemment, ce qui a provoqué la colère de nos amis, c’est notre défense de l’interdiction du voile islamique pour les filles mineures. Ils disent que ceci est « la négation de la liberté vestimentaire pour les musulmans » et « la négation des droits démocratiques des minorités ». Ils disent que ceci est une revendication à la « Reza khan »[2], polpotistes, fascistes, et raciste. Ils nous accusent de vouloir mêler « l’état, la loi et la police », dans cette affaire. Ils prétendent que nous voudrions enlever les voiles des femmes par la force, que nous avons divisé les gens en deux camps: « les musulmans » et « leurs ennemis », que nous avons l’intention de provoquer une « guerre de religion ». Et, ceux-ci, ne sont que leurs meilleurs propos. Ils nous tiennent des propos que dans toute société où on respecte les gens, où les « minorités » ne seraient pas laissées à la merci de « leurs » traditions et de leurs cultures islamiques et orientales, ils auraient affaire à « l’état, la loi et la police ».

La divergence entre nous et eux, sur les droits indéniables de l’enfant, la question de la tyrannie et de la répression des femmes dans les familles « islamiques », est réelle; on devrait, calmement et de façon argumentée, définir et souligner celle-ci. Cette divergence, qu’on abordera plus loin, est très profonde et importante, Cependant, l’hystérie de ces tracts ne vient pas de la différence théoriques de nos opinions respectifs, mais du fait que nos amis ont compris, exactement comme au moment de leur soutien à l’expulsion des afghans de l’Iran, qu’ils ont provoqué un scandale public (avant la chute de l’Union Soviétique et la transformation démocratique de Rahe Kargar, quand leur cher « Camp Socialiste » était en guerre contre les musulmans afghans et ceux-ci ne méritaient pas encore la démocratie). Ce bruit et cette hystérie visent à compenser les effets de la réunion qu’ils ont organisée, afin de répondre aux communistes et neutraliser l’attention de l’opinion publique pour notre Campagne et pour le discours d’Asrin MOHAMMADI[3]. Comme le montre leur communiqué, ils n’attendaient pas l’accueil enthousiaste de nombreux musulmans et « fondamentalistes », ni les cris d’allah akbar (dieu est grand), dans les rangs de leurs supporters. Ils ont fait des calculs, et ils ont compris qu’ils ont subi des pertes. Ils n’auraient pas dû se montrer si islamiques! Il n’était pas prévu que leurs « lignes de démarcation » avec les islamistes soient tellement confondus. Cette islamophilie, pourrait être utile pour l’organisation à l’étranger d’un « parti frère » d’un pays où l’islam est influent parmi ses émigrés, mais pour une organisation qui a à faire aux immigrés venus d’Iran, citadins et profondément anti-religieux, « gigolos » comme ils disent, c’est une honte et un grand scandale politique. Une organisation, qui veut, encore, diviser l’islam et le mouvement islamique en bon et mauvais, modéré et fondamentaliste, mangeable et empoisonné, populaire et anti-populaire, une organisation, dont tout le monde sait qu’elle est une descendante directe du Parti Toudeh et de Fedaiin Majorité (prosoviétiques), partisans de la ligne d’Imam (Khomeini), et de leurs traditions politiques, a signé sa propre faillite. Ceci est le « voile-gate »[4] et l' »islam-gate » de ces messieurs. Ils l’ont compris eux-mêmes et cherchent à réparer les dégâts avec du bruit et du tapage. Ils veulent jeter la responsabilité de très gênant soutien des islamistes à leurs positions et à leurs idées, sur notre « gauchisme » et notre « fondamentalisme » anti-islamique. Si le Parti Communiste Ouvrier d’Iran n’était pas une organisation à la « Reza Khan » et polpotiste, les fondamentalistes islamiques ne se trouveraient pas dans une position de force, et ne s’abriteraient pas derrière la démocratie. Par conséquent, leurs lignes de démarcation avec Rahe Kargar et la revue suédoise des « femmes contre le fondamentalisme », ne seraient pas confondues ! Un argument qui se veut, inutilement, malin.

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Programme Communiste-Ouvrier et émancipation des femmes

18 02 2010

Si pour Marx et Engels il était clair que la liberté des femmes mesure le degrés de liberté dans la société et que Lénine affirmait « Parmi nos camarades, il y en a encore beaucoup dont on peut dire malheureusement : « grattez un peu le communiste et vous trouverez le philistin ». Certes, il faut gratter à l’endroit sensible : sa mentalité à l’égard de la femme« , les organisations staliniennes et plus largement les nationalistes de gauche qui utilisent les mots « socialiste » ou « communiste » pour défendre une politique bourgeoise ont bien souvent considéré qu’il fallait s’adapter aux traditions chauvinistes-mâles et patriarcales plutôt que de les combattre. A l’inverse, le Parti Communiste-Ouvrier d’Iran a, dès sa création en 1994, affirmé que la révolution serait aussi, comme l’a été la Révolution d’Octobre 1917, une révolution pour l’émancipation des femmes. Voici donc à ce propos deux extraits du programme du PCOI concernant les droits des femmes, programme également repris par les communistes-ouvriers en Irak.

Égalité des hommes et des femmes. Interdiction des discriminations sexuelles

Les discriminations contre les femmes sont la marque de fabrique du monde actuel. Dans la plus grande partie du monde, les femmes se voient officiellement et légalement dénier les droits même les plus insignifiants reconnus aux hommes. Dans les pays économiquement arriérés, ou dans ceux où la religion et les vieilles traditions ont une plus grande prise politique sur la société, la structure administrative et culturelle, l’oppression des femmes prend les formes les plus grossières et les plus outrageantes. Dans les pays avancés, et même dans les sociétés où, grâce au mouvement du droit des femmes et aux luttes socialistes ouvrières, la discrimination sexuelle a apparemment disparue du texte même des lois, les femmes sont toujours, en pratique et sous de nombreux aspects, discriminées par les mécanismes de l’économie capitaliste et les traditions et croyances du chauvinisme mâle.

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Les caractéristiques fondamentales du Parti Communiste-Ouvrier

16 01 2010

Depuis le début du soulèvement populaire en Iran au mois de juin, nous avons publié sur ce blog plusieurs textes et communiqués du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran (PCOI). Né de l’expérience de la révolution de 1979 et de l’analyse des causes de sa défaite, puis d’années de luttes contre le régime, le PCOI n’entre pas dans les définitions habituelles de l’extrême-gauche occidentale comme « trotskiste », « bordiguiste » ou « conseilliste ». Le texte ci-dessous, extrait du discours de Mansoor Hekmat à la première conférence des Cadres du Parti communiste-ouvrier d’Iran, en mai 1992, permet de donner une idée des caractéristiques du communisme-ouvrier.

Quelle est la base de notre unité comme tendance et comme parti ? De quels prémisses généraux proviennent nos réponses concrètes aux questions sur le communisme aujourd’hui ? Je crois que, au cours de ces dernières années, nous avons dit et écrit suffisamment sur ce qui nous différencie, en tant que communistes-ouvriers, des autres tendances de la gauche. Aussi, je voudrais ici seulement indiquer les traits qui, d’après moi, caractérisent politiquement notre mouvement, et forment les bases politiques du Parti communiste-ouvrier d’Iran.

1. Le caractère social objectif du socialisme ouvrier

Un point central sur lequel nous avons constamment mis l’accent à travers les débats de ces dernières années est que le socialisme ouvrier est un mouvement social qui existe de façon indépendante, et non le dérivé de l’activité de marxistes ou de communistes. C’est un mouvement qui se déroule historiquement. La lutte contre le capitalisme avec pour objectif de le remplacer par le socialisme à travers une révolution ouvrière, est une vision vivante et fermement établie au sein de la classe ouvrière – c’est une tradition de lutte vivante. La théorie, la conscience de ce mouvement peut, à une période donnée, être adaptée ou inadaptée, vraie ou fausse. Quoiqu’il en soit, il existe toujours un courant au sein du mouvement de la classe ouvrière qui aspire et essaye constamment de pousser la classe tout entière dans cette direction socialiste.

Pour commencer, c’est que nous voyons le socialisme, le communisme, le parti communiste-ouvrier, comme quelque chose qui prend forme dans le contexte d’une telle lutte réelle et objective de la classe ouvrière, fut-il faible et limité dans ses objectifs, toujours en mouvement dans la société contemporaine. Le socialisme n’est pas une utopie, une utopie ou un dessein profond pour la société, nous attendant seulement, nous socialistes, pour le mettre en œuvre. Ce n’est pas un objectif arbitraire ou une prescription importée du royaume de la raison dans celui de la pratique. Le socialisme est, principalement et tout d’abord, un cadre pour une certaine lutte sociale qui est menée inévitablement et indépendamment de la présence ou de l’absence d’un parti; … un effort social qui s’est poursuivi tout aux long des dix-neuvième et vingtième siècle, et qui est, encore aujourd’hui, clairement observable.

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