Quelques éléments sur l’histoire du mouvement communiste et les impasses du stalinisme au Moyen-Orient

22 06 2010

Timbre de la République Soviétique du Gilan, 1920

Dès la fin du 19ème siècle, l’industrialisation rapide au nord de l’Iran favorise l’apparition de cercles marxistes tant chez des intellectuels que dans la classe ouvrière. Dans le cadre de la révolution constitutionnelle perse (1905-1911), la première traduction en farsi du Manifeste du Parti Communiste est publiée 1909 à Rasht dans la province de Gilan. Dans cette province, un mouvement démocrate radical, le Jangal (« hommes de la forêt » ou Mouvement Constitutionnaliste du Gilan) entre dès 1914 en rébellion contre le régime du Shah. Les Jangali se renforcèrent grâce à la révolution russe de 1917. En mai 1920, une République socialiste soviétique perse (plus connue sous le nom de République Soviétique de Gilan) est proclamée. La même année, le Parti Communiste d’Iran est constitué à Bakou. En désaccord avec les communistes, Mirza Kuchak Khan, chef de file des Jangali quitte Rasht et ce sont les communistes qui prennent le pouvoir. Soutenue par l’armée rouge, cette république soviétique prend des mesures radicales et audacieuses : propagande anti-religieuse et confiscation des biens des riches seigneurs terriens. En juin 1920, le conseil de guerre révolutionnaire de l’armée rouge perse envoie un message de salutation à Trotski pour lui indiquer que « par la volonté du peuple travailleur, un pouvoir des soviets est organisé en Perse » et qu’une « armée rouge, dans la ligne de l’armée rouge russe, est mise en place pour détruire l’esclavage du peuple perse ». En 1921, suite à un accord entre la Russie et la Grande-Bretagne, l’armée rouge se retire de Gilan. Sous les coups de l’armée monarchiste iranienne et de réactionnaires religieux, la République Socialiste Soviétique Perse est démantelée en septembre 1921.

Dans d’autres pays de la région aussi, la révolution d’Octobre et la création de l’Internationale Communiste permettent la naissance de partis communistes. C’est ainsi que voient le jour le Parti Communiste de Palestine (1920), formé par l’aile gauche du Poale Sion (Les ouvriers de Sion, parti sioniste socialiste), le Parti Communiste Turc (TKP en 1920), le Parti Communiste de Syrie et du Liban (1924) ou le Parti Communiste d’Irak (1934). Dès leurs créations, ces jeunes partis communistes doivent souvent agir dans la clandestinité. En Turquie, Mustafa Suphi (1881-1921), premier secrétaire général du TKP et quatorze de ses camarades sont massacrés en janvier 1921 sur les ordres de Mustafa Kemal. Le TKP ne connaîtra qu’une courte de période de légalité entre décembre 1921 et mars 1925 où il publie le bulletin Orak-Çekiç (Marteau et faucille) qui lui permet de se développer dans la classe ouvrière. Le Parti Communiste de Syrie et du Liban est lui interdit peu après sa fondation par les autorités coloniales françaises. Pourtant, malgré la répression, le mouvement communiste au Moyen-Orient réunit dès ses origines des militants ouvriers arabes, juifs, turcs et kurdes (Khalil Bakdash, secrétaire général du PCSL en 1936, est kurde par exemple). Le Parti Communiste de Palestine, créé à l’origine par des militants juifs, recrute des militants arabes palestiniens en développant des contacts avec l’Organisation des Ouvriers Arabes Palestiniens, et, sur ordre du Komintern, des militants juifs du PCP aideront à développer le mouvement communiste en Syrie et au Liban. Les militants communistes palestiniens furent aussi soumis à la répression des troupes d’occupation britanniques, si bien que Léopold Trepper et Daniel Averbach, deux fondateur du parti, durent fuir en URSS. Si grâce au soutien de la vieille garde bolchevique, Léopold Treeper échappa aux purges staliniennes (et sera l’organisateur de l’orchestre rouge pendant la deuxième guerre mondiale), Daniel Averbach fut liquidé par les staliniens en 1938.

Lire le reste de cette entrée »