Témoignage sur les protestations du 27 décembre

7 01 2010

« Scènes de l’héroïque bataille contre le régime islamique d’Iran du 27 décembre », rapport de Siyavash Shahabi de Téhéran, publié sur le blog du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran le 5 janvier 2010.

Vers 11 heures 20, une foule en colère s’est frayée un chemin vers le pot du collège par les allées sud de la rue Enqealab. Les gens avaient déjà été impliqués dans des combats contre les forces spéciales en motos ; en réponse à l’utilisation continuelle de gaz lacrymogènes par les forces spéciales, les gens ont mis feu aux poubelles et bloqué les routes. En conséquence, le peuple a pris le contrôle des allées. C’étaient des gens qui avaient été attaqués de façon barbare par les forces spéciales et les groupes paramilitaires (basidj) vers le croisement Vali-e Asr. Les forces du basij ont attaqué les gens en utilisant des matraques, des bouts de bois, des lames, des chaînes et des pierres et qui battaient toute personne qu’ils capturaient. Pourtant, dans les allées vers le Parc Daneshjou, les motards et les forces du basidj ne pouvaient pas avancer parce que le peuple les attaquait avec des pierres. Les jeunes manifestants ont rassemblé les poubelles des rues aux alentours et les ont emmenées à l’entrée du pont.

Les gens ont commencé à taper sur les poubelles comme sur des tambours ; le son similaire à celui de tambours montait dans les airs. Peu après, les gens ont mis les poubelles au milieu de la rue et y ont mis le feu. Une jeep des forces de police fut attaquée par le peuple ; les manifestants ont brisé les vitres de la jeep. A partir de 11 heures du matin, le district était pratiquement sous le contrôle du peuple.

La foule chantait « à bas le dictateur », « à bas Khamenei », « à bas le tyran qu’il soit un monarque ou un leader suprême », « à bas la république islamique », « toute cette foule est dans les rues contre le leader suprême »…

A la première attaque des forces spéciales en moto depuis le pont, le peuple a répondu massivement en jetant des pierres sur ces forces ; les forces spéciales durent battre en retraite. La foule sous le pot contrôlait parfaitement la situation et pouvait empêcher l’avance des forces. La foule sous le pont était plus importante que la foule estimée vers le croisement Vali-e Asr (ouest). Les gens ont tenté de bloquer l’accès en utilisant des blocs de ciment, les balustrades en métal du pont  et les grilles du BRT (ligne de transit) ; ils dirigeaient les voitures vers la place Enqelab (à l’ouest) pour éviter l’avance des forces spéciales en moto vers le croisement Vali-e Asr. Les forces spéciales et les fascistes du Basij ne pouvaient pas avancer au-delà de Vali-e Asr. Ils se trouvaient aussi sous la multiplication des attaques du peuple par le côté ouest. Les forces spéciales ont tenté d’attaquer plusieurs fois la foule mais elles ont été à chaque fois repoussées. Après avoir appris que les forces spéciales avaient été attaquées par le côté ouest, nous avons réalisé qu’elles ne nous attaquaient pas (sur le côté est) mais qu’elles fuyaient les attaques du peuple du côté ouest.

Lors d’une des attaques un jeune homme s’est fait tiré dessus par un milicien du basij qui était coincé sur le pont et il a malheureusement perdu la vie. Des femmes ont retiré leurs voiles pour bander le blessé, mais il était trop tard. Elles ont hissé leurs voiles ensanglantées et chanté « à bas Khamenei » en pleurant. Je n’ai pas le chiffre précis de ceux qui ont été tués mais j’ai vu trois exemples de bassidji tirer sur la foule : deux ont causé la mort et une fois une personne a été blessée. Des gens en colère attaquaient les forces du basij et les battaient avec acharnement. Je crois qu’une personne a été jetée depuis le pont lors de cet affrontement. Je n’en suis pas sûr, mais je sais que les forces du basij ont été violemment attaquées par le peuple.

Dans le même temps, quelques membres du basij et des services de renseignement furent identifiés dans la foule ; certains d’entre eux étaient occupés à filmer et à photographier les visages des gens. Ils ont aussi été copieusement battus par les gens, leur matériel comme les appareils photos professionnels, caméras et talkies-walkies furent confisqués par le peuple et jeté au feu. Un photographe criait « je suis un vert » mais il lui a été demandé pourquoi il prenait des photos des visages des gens. Il a tenté de fuir, mais a été sévèrement battu. Une autre personne qui avait un émetteur radio et qui essayait de protéger le photographe disait être lui-aussi « vert », mais il a aussi été battu par la foule ; son émetteur radio confisqué et jeté au feu. Les deux ont pu se sauver après avoir été sévèrement battus. Dès qu’un membre du basij ou des renseignements était identifié, il été attaqué par les gens, battu puis relâché. J’ai essayé de sauver un de ces gars,  mais j’ai reçu moi-même des coups. Une femme d’âge moyen m’a giflé et dit : « ces gars déshonorés ne sont pas des êtres humains, tu ne dois pas les protéger ! ».

La foule furieuse, enragée par la mort du jeune homme, a commencé à jeter des pierres sur les forces spéciales sous le pont. L’attaque du peuple fut si forte que les forces spéciales ne pouvaient pas y réagir. Elles reculaient vers notre côté, mais furent encerclées et attaquées aussi depuis notre côté. Un membre des forces spéciales a été capturé par le peuple ; l’attaque fut si rapide que les autres membres de la force n’ont pas pu le sauver. Les gens l’ont sévèrement battu et ont mis feu à sa moto. Il a pu partir après, blessé et saignant de la tête. Les gens chantaient « à bas Khamenei », « à bas la république islamique », « indépendance, liberté, république iranienne », « liberté, liberté ». Environ 30 membres des forces spéciales ont reculé vers la banque Saderat (branche Hafez) avec leurs motos et ont été encerclé à cet endroit. Quelques mètres plus loin, les gens brisaient les vitres de la banque et chantaient des slogans contre le régime. Les gens jetaient des pierres sur les forces spéciales depuis les deux côtés et depuis le haut du pont. L’air était rempli des sons « à bas Khamenei », « à bas la République Islamique », « Toute cette foule est dans les rues contre le leader suprême », « à bas les bandits islamiques », les cris des jeunes, la fumée du plastique en feu et des gaz lacrymogènes. Avec d’autres qui se trouvaient en première ligne, essentiellement des jeunes gens, nous avons ordonné aux gardes de se désarmer. Nous avons averti les gardes que s’ils ne rendaient pas leurs armes, ils seraient tués ; nous avons pris leurs matraques, gilets pare-balles, casques, sacs à dos et autres matériels puis nous les avons partagés dans la foule. Certains gardes nous suppliaient de ne pas prendre leurs casques parce que les gens les cogneraient à la tête ; nous avons répondu que ceux qui cognent les jeunes gens avec leurs bottes, les chassent avec leurs motos et leurs brisent les bras et les épaules avec des matraques et bâtons ne méritaient rien d’autre.

Nous avons trouvé 20 « formulaires d’arrestation en flagrant délit » dans un des sacs à dos et en avons distribué aux gens. Ces formulaires étaient intitulées « formulaire d’arrestation en flagrant délit d’agents responsables d’agitation sociale ». Le formulaire contenait l’identité de l’arrêté, sa situation lors de l’arrestation (pour des accusations comme jette de pierres, scande des slogans, tape dans les mains et siffle, bloque la rue, etc.), les propriétés personnelles comme téléphone portable ou appareil photo, l’explication du fonctionnaire chargé de l’arrestation et sa signature. Dans le coin gauche en bas du formulaire, dans une couleur plus pâle, on pouvait lire « Vice-présidence des renseignements des opérations de la 2ème unité ».

Et, un autre formulaire avec des détails sur le « Guide de l’ouest de Téhéran ». Il est intitulé « Demande de publication d’annonce dans le guide de Téhéran-Ouest (numéro spécial d’été) » avec l’adresse sur le côté droit : Route Shahid Chamran, Pont Modiriyat, Boulevard. Farhang, No. 11, Tel. 20 61 056. Le numéro de série du formulaire particulier que j’ai est le 1621. Aucun doute que cette société est une des nombreuses propriétés des Gardes Révolutionnaires (Pasdaran).

Alors que les gens jetaient des pierres sur les forces spéciales, ils ont incendié leurs motos. En quelques secondes, toutes les motos et les bâtiments à côté furent en feu. Les gens sonnaient aux portes et demandaient aux habitants de sortir des bâtiments proches à cause de l’incendie. Mais, grâce à la forme et aux matériaux des bâtiments, ils n’ont pas pris feu. Les gardes ont cassé la porte d’un bâtiment pour s’y réfugier et fuir le feu. S’ils ne l’avaient pas fait et n’avaient pas pu fuir, ils auraient brûlés.

Personnellement, je n’approuve pas et ne soutiens pas de tels actes (tuer des gens) quelles qu’en soient les circonstances. Cependant, il est important de noter un point : il y a quelques temps, Asqar Karimi lors d’une émission à New Channel TV (NdT : la télé du PCOI) avait appelé la police et les forces militaires du régime islamique de se mettre du côté du peuple et il disait que viendrait un jour où ces forces supplieraient le Parti Communiste-Ouvrier de stopper les gens qui les tuent puisque le PCOI est opposé aux exécutions. Une telle chose est arrivée le 27 décembre. Lorsque j’étais au premier rang et que je confisquais les armes des forces de police, ils nous suppliaient d’empêcher les gens de les tuer. Mais comment arrêter la haine profonde et la colère du peuple ? Certains de ceux en première ligne demandaient aux gens d’arrêter de jeter des pierres ; ils suggéraient de capturer les gardes, de les prendre en photo et d’enregistrer leurs identités. La peur que connaissait les forces spéciales était magnifique aux yeux du peuple. Personne ne se réjouissait de la violence contre eux. Les gens étaient heureux parce qu’ils pouvaient voir qu’un nombre de ceux qui sont armés avec l’appareil répressif le plus avancé, qui attaquaient n’importe qui quelque soit son âge, les priaient maintenant d’épargner leurs vies. Les gens insultaient ces types et chantaient « Seyyed Ali où sont tes soldats ? » et « Voilà ce qui arrive à ceux qui tuent les jeunes ». Voilà le message que le peuple adressait à l’ensemble de l’appareil répressif du régime islamique.

Trois ou quatre miliciens du basij attaquent les gens depuis le bas du pont et commencent à tirer avec leurs pistolets. Deux personnes sont blessées. Les gens commencent à leur jeter des pierres ; les miliciens du basij parviennent à s’échapper en continuant à tirer. Les miliciens du basij tiraient au hasard, une balle a touché un jeune homme dans le dos. La balle a très probablement touché sa colonne vertébrale parce qu’il disait ne plus pouvoir sentir ses pieds. j’ai pu clairement voir la balle qui est entré dans son dos au niveau de la colonne vertébrale et des os du dos. Trois personnes l’ont immédiatement conduit hors du lieu d’affrontement en moto.

Lorsque les forces spéciales et les milices du basij attaquèrent à nouveau, le peuple se replia sous le pont et dans les rues avoisinantes. Cela donna la possibilité de fuir aux forces spéciales qui avaient été piégées dans la banque. Alors que les forces piégées se sauvaient et que les forces spéciales lançaient une nouvelle attaque, les manifestants ont riposté en jetant des pierres, les forces ont commencé à tirer en réponse. Les gens applaudissaient, riaient et blaguaient que « nos prisonniers se sauvent ». Les rues étaient à nouveau sous le contrôle du peuple. Cependant, lorsque les gardes  et la milice commençaient à tirer sérieusement, les gens durent reculer et les forces prirent contrôle du pont. les pompiers arrivèrent immédiatement et éteignirent les motos en feu.

A 12 heures 30, avec quelques autres, je suis allé vers la rue Vali-e Asr par les rues transversales et rejoignit les gens qui y était. Nous étions fatigués et n’avions pas la force d’aller plus loin. Les gardes et la milice attaquaient les gens et leur tiraient dessus. Un jeune homme appelé Morteza fut touché à la poitrine, nous l’avons aidé à quitter le lieu des affrontement et à entrer dans un immeuble. Après un moment, Morteza se sentait mieux, c’était plus calme dehors ; nous sommes allés vers la place Vali-e Asr et de là vers la Place Palestine. De là, nous sommes retournés vers le pont Hafez. Les forces spéciales avaient complètement pris le contrôle du quartier ; pas de slogans contre le régime, le feu et la fumée étaient dans l’air.

Nous sommes retournés vers la place Enqelab ; de nombreuses personnes étaient dans les rues. Les hoologans du basij étaient dans les rues et chantaient « Hezbollah, Mashallah ! ». Les gens riaient de ce qu’ils appelaient la marche de la défaite du basij. Il y avait des débats animés parmi les gens. Chacun donnait son point de vue et son analyse. plusieurs fois, j’ai entendu les gens parler de la présence et du rôle des communistes dans les manifestations d’aujourd’hui et que les communistes devaient assumer un rôle plus central. Des débats politiques enflammés avaient lieux dans les allées.

Nous avons continué à avancer vers la Place Azadi. Les miliciens du basij et les forces spéciales étaient présents à chaque carrefour et insultaient les gens.  Nous avons vu un grand nombre de forces à côté du quartier général de la police de la circulation du Grand Téhéran. Nous étions surpris de voir tant de gardes ici mais lorsque nous nous sommes approchés nous avons vu les traces de l’attaque du peuple contre le bâtiment et nous avons réalisé l’ampleur des événements d’aujourd’hui. Les gens ont attaqué le bâtiment des deux côtés. Les fenêtres d’une banque près du quartier général et l’entrée du bâtiment étaient brisées par des pierres. Dans le rues, deux voitures, dont une des forces de police, avaient été incendiées. Les affrontements les plus intenses contre les forces de police avaient eu lieu ici. La cour du quartier général était pleine de membres des forces spéciales. Un peu plus bas, les membres de la Garde Spéciale du leader étaient sur leurs motos et portaient des masques à gaz. Ils faisaient des manœuvres et intimidaient les gens en les insultant ; ils demandaient aux gens de quitter les rues.

Alors que nous arrivions près du passage souterrain d’Azadi, les voitures commençaient à klaxonner sans arrêt. Un fonctionnaire a donné un coup de pied dans une voiture et a pris sa plaque d’immatriculation ; les passager ont commencé à se battre avec lui ; les miliciens du basij sont intervenus pour empêcher de nouveaux affrontements et ont commencé à cogner tout le monde. Une passagère de la voiture a lutté durement et a récupéré la plaque. Le fonctionnaire a tenté tout ce qu’il a pu pour repousser la femme, avec des coups de poing et de pied, l’insultant, mais la femme a pu récupérer la plaque. Les gens qui étaient autour commençaient à applaudir la femme, ce qui a rendu le fonctionnaire encore plus enragé. Il a commencé à injurier les gens et à crier des slogas contre eux, mais même les miliciens du basifj ne le soutenaient pas. Quand il a scandé « à bas Monafeq », les gens ont commencé à se moquer de lui, il est devenu encore plus en colère mais il ne pouvait rien faire. Les trottoirs des deux côtés de la rue Azadi étaient plein de monde qui avaient essayé de couvrir à leur façon le passage de la manifestation de la place de l’Imam Hossein à Azadi. Les gens parlaient volontiers et ouvertement du rôle qu’ils avaient eu aujourd’hui dans les affrontements, juste devant les basidji sauvages et haineux et les forces spéciales, et racontaient les événements dont ils avaient été témoins ou dont ils avaient entendus parler. Le son des rires et des sourires de jeunes garçons et de jeunes filles montaient dans le ciel de l’Achoura.


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