Iran : Le tournant

8 01 2010

Interview d’Hamid Taqvaee, dirigeant du PCOI, par « Vers le Socialisme », bimensuel en arabe du Parti Communiste-Ouvrier de Gauche d’Irak et publié en anglais le 6 janvier sur le blog du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran.

Vers le Socialisme : Il est clair que la révolution en Iran est arrivée à un tournant. Il semble qu’elle soit devenue plus déterminée et énergique que jamais, qu’as-tu as dire sur les évènements du 27 décembre, lorsque des centaines de milliers, probablement des millions, de personnes sont descendues dans les rues, comment penses-tu que cela se développe ?

Hamid Taqvaee : Avant tout, je pense que ce qui s’est passé le 27 décembre est un tournant. Je pense que c’est le début d’une nouvelle phase. Nous avons pu voir les actions agressives et radicales du peuple contre toute la police, les bassidji et différentes forces armées qui attaquent le peuple depuis six mois maintenant. Je pense que ce qui s’est passé ce jour-là montre que le peuple a décidé de continuer sa lutte non seulement sur un mode défensif, mais d’être offensif et d’attaquer ces forces dans les rues. De nombreuses vidéos qui viennent d’Iran montrent que les gens ont arrêtés des bassidji ou attaqué et incendié leurs véhicules. Ils ont aussi libéré de nombreuses personnes qui avaient été arrêtées plus tôt dans la journée. Nous avons aussi des membres de ces forces armées pleurer et supplier le peuple d’avoir pitié d’eux. Les gens ont pris les matraques des mains des bassidji et les ont utilisées contre eux et d’autres actes du même genre. Aussi, les manifestations n’étaient pas seulement massives et larges, comme lors des premiers jours, mais ce qui rend ces manifestations uniques et en font un tournant dans le chemin de la révolution est que les gens ont commencé à attaquer les forces armées. Dans chaque révolution, cela marque un changement très important. Les gens qui marchaient dans les rues ont barricadé les rues et mis feu aux véhicules des forces armées, les ont désarmées et utilisé leurs armes contre elles-mêmes, etc. Tout cela montre que nous entrerons dans une phase complètement nouvelle de la révolution.

Vers le Socialisme : Le PCOI dit depuis le début que c’est une révolution et dès le début, voir même avant, que sa ligne de fond est le renversement de la République Islamique. L’occident parle timidement de « certains changements » en cours. Le régime islamique lui-même commence à attaquer l’opposition, comme Moussavi et Karroubi, et les nouvelles parlent de menaces d’exécution à leur encontre. Quelle est ton opinion sur ces différentes questions ?

Hamid Taqvaee : Dès le tout début nous avons dit que c’est une révolution contre l’ensemble du système. C’était clair dès le tout début du mouvement. Quiconque suit la situation politique en Iran ces 5 ou 6 dernières années connaît le résultat de 30 ans de répression, de meurtres, d’arrestations, de torture et de toutes sortes d’atrocités commises par le régime contre le peuple. Nous savions que les élections et le conflit entre Moussavi et Ahmadinejad était un prétexte pour le peuple afin de s’en servir pour avancer ses propres revendications, ses propres slogans, ses propres buts politiques contre l’ensemble du système. Au début ce n’était pas si clair, mais maintenant tout le monde reconnaît cette réalité, y compris chez les sympathisants de Moussavi. Ils disent qu’ils ne contrôlent pas le peuple et que les gens ont un autre agenda que le leur. Ils l’ont dit plusieurs fois. Les médias et gouvernements occidentaux, surtout après les événements du 27 décembre, parlent d’un mouvement qui dépasse les réformes et que la revendication du peuple est maintenant un changement radical, et que Moussavi ne contrôle pas ce mouvement et donc que le mouvement n’a pas de direction. De nombreux chroniqueurs disent que le régime islamique est mort et que l’on doit penser à la période d’après l’enterrement de la République Islamique. Quelques uns ont commencé à critiquer l’administration Obama pour ne pas regarder plus en avant et ne pas voir la période post-République Islamique. Voici les principales positions à propos de ce qui se passe en Iran. Le 27 décembre à montrer à tout le monde que la révolution ne peut plus être arrêtée. Un journaliste de la BBC en Iran a décrit la révolution comme un « train à grande vitesse, impossible à arrêter, sans frein et sans conducteur » ! Dans un certain sens, je pense qu’il a raison. La révolution a l’air impossible à arrêter et est comme un train sans conducteur, sans direction. Cela montre que ce mouvement avance jusqu’au renversement de la République Islamique. Il semble que tout le monde est arrivé à cette conclusion maintenant. La République Islamique va être renversée.

Vers le Socialisme : Les nouvelles indiquent aussi que Haider Moslehi, ministre de la sécurité du régime islamique, a récemment accusé des « marxistes » d’être la cause des protestations. Cela donne une indication que la révolution se dirige plus vers la gauche et que l’agitation du PCOI porte ses fruits. Comment vois-tu la gauche devenir plus influente et active dans les jours qui viennent ?

Hamid Taqvaee : Avant tout je pense que la colonne vertébrale de la révolution que nous observons depuis 6 mois a été influencée par notre parti. Cela s’est fait par le biais de nombreuses activités, depuis Kanal Jadid TV (NdT : New Channel TV, la télé satellite du PCOI) jusqu’à nos publications, campagnes, etc. De nombreux mouvements de protestation en Iran, avant la dernière phase, étaient, directement et indirectement, le résultat de notre pratique politique. Nous avons appelé à la révolution et avons préparé les conditions de cette révolution. Même si elle semble soudaine, brutale et inattendue, elle n’est pas tombée du ciel ! Ce que je veux dire c’est que notre parti et la gauche en général ont joué un rôle très important en préparant la société, l’atmosphère et la situation politique pour que ce type de révolution ait lieu. Si tu regardes les slogans qui sont avancés par le peuple maintenant, que ce soit contre les exécutions et la peine de mort, pour l’égalité entre les femmes et les hommes, la libération des prisonniers politiques, la liberté d’expression, etc. tu vois que c’est le résultat de longues campagnes, d’activités et de mouvements que notre parti a lancé il y a des années. C’est un des points. L’autre point est que, lorsque la révolution a commencé, et dans des sociétés comme l’Iran, où la liberté de parole et d’expression est complètement bannie, il est tout à fait naturel, si on peut dire, que lorsqu’un mouvement de masse commence il utilise les opportunités qui existent dans la société. Une de ces possibilités en Iran fut le conflit entre les différentes fractions de la République Islamique. Au début, le peuple a utilisé cette opportunité et à cause des élections, les gens (hors de l’Iran) pensaient que les élections étaient la raison des protestations, mais nous savons qu’elles n’étaient qu’un prétexte. Le peuple voulait aller dans les rues et continuer leur mouvement pour le renversement de la République Islamique. Dans de telles conditions, il a commencé en utilisant ce type de prétexte pour utiliser le conflit entre les fractions du gouvernement. Cela ne signifie pas que le contenu de ce mouvement, le but du peuple, leurs critiques, aient quoique ce soit à voir avec tel ou tel président de l’Iran, mais signifie dire NON à l’ensemble du système. C’était clair pour nous dès le tout début. Dans ce mouvement, notre parti a joué un rôle très important. Aujourd’hui, alors que la révolution se développe, nous voyons que les revendications et les slogans deviennent de plus en plus proches de ceux que notre parti voulait que les gens disent dès le premier jour, comme « mort à la dictature », « mort à Khamenei », « mort au Wilayti Faghih », « mort à la république islamique », « libération de tous les prisonniers politiques », etc. La révolution par sa nature profonde et son contenu, par ses conditions préalables et la situation politique qui avait commencée avant le début de la révolution, et par ce que les gens disent dans les rues maintenant, indiquent que la gauche, et en particulier notre parti, a une influence et une présence très visibles et tangibles dans cette révolution.

Vers le Socialisme : Certains slogans des manifestations récentes ont un ton religieux. Ne penses-tu que ces slogans remettent en cause ce que tu viens d’expliquer sur la révolution qui va de plus en plus à gauche ?

Hamid Taqvaee : Il y avait de tels slogans avant et ils sont toujours là. Mais le point c’est que ces slogans deviennent de plus en plus marginaux et sot bien moins entendus qu’avant. Les slogans dominants, pas seulement lors de l’Achoura (27 décembre), mais lors de la Journée des Etudiants, la journée d’Al Qods, étaient « mort au dictateur », « mort à Khamenei ». Les slogans ne mentionnent même pas Ahmadinejad, puisque les gens prennent Khamenei comme cible, parce qu’il représente le système de la République Islamique. Tous les slogans de ces trois événements majeurs étaient contre Khamenei, contre la dictature, contre tout le système, contre la République Islamique. J’ai regardé des dizaines de vidéos des derniers événements et n’en ai vu qu’une où les gens scandaient « Ya Hussein Mir Hussein » qui a clairement un contenu religieux. Très peu de slogans sont encore religieux. Dans une de ces vidéos, des gens semblent commencer à scander « Allah Akbar » avant que d’autres leurs crient que ce n’est pas notre slogan, mais leur slogan, le slogan du régime et que notre slogan est « mort au dictateur ». Au début, les slogans étaient pro-Moussavi, les slogans que Moussavi voulait que les gens récitent. Nous avons aussi des slogans qui disent que Moussavi n’est qu’un prétexte et que c’est tout le régime qui doit partir : “Mosawi Bahanas, Kulli Regime Neshanas”! En farsi, ça un rythme agréable. Ce slogan était utilisé il y a 3-4 mois. Lors du dernier soulèvement (27 décembre), il y a d’autres facteurs qui montrent que les gens ont un esprit différent aujourd’hui qu’il y a 5 ou 6 mois. Le 27 décembre, c’était Achoura ! C’est le jour le plus sacré dans le calendrier de la République Islamique. C’est LE jour de la République Islamique. Même l’opposition de Moussavi insistait pour sortir des slogans religieux parce que c’est Achoura. En plus d’être Achoura, le 27 décembre était le 7ème jour de deuil après la mort de Montazeri, le grand ayatollah qui était appelé par le camp de Moussavi « père des droits humains en Iran ». Montazeri était contre Khamenei et est beaucoup intervenu sur le sujet. Aussi, tous les facteurs étaient présents pour que le groupe Moussavi fasse de la journée d’Achoura une protestation religieuse. Aucun de ces slogans n’a été utilisé ! On les entendait beaucoup moins que 3 ou 4 mois avant. Aussi, lors de la journée d’Achoura, sept jours après la mort de Montazeri et tant de propagande de Moussavi et ses partisans pour leurs slogans religieux, rien de religieux n’a été revendiqué. Même le gouvernement avait ordonné à certaines de ses troupes de tenir des cérémonies et des drapeaux pour commémorer Achoura dans les rues, mais les gens les ont attaquées. C’est une indication très claire que le mouvement n’a rien à voir avec la religion en tant que telle. Il y aura toujours ceux qui scandent des slogans religieux, même à la dernière minute de la vie du régime, mais ce n’est plus du tout principal et ne montre pas l’état d’esprit du peuple, ni la direction ou les buts du mouvement. Aujourd’hui, après le soulèvement du 27 décembre, on peut dire avec certitude que le peuple a dépassé ces phases. L’opposition religieuse de Moussavi n’a plus d’influence et on ne la voit pas dans les rues.

Vers le Socialisme : Après le soulèvement du 27 décembre, le parti a publié des déclarations où le slogan de « République Humaniste » est utilisé avec d’autres slogans. Peux-tu expliquer ce que ce slogan signifie ?

Hamid Taqvaee : Depuis le début, nous avons proclamé « une révolution humaine pour le règne de l’humain ». C’était un de nos plus vieux slogans. Lors du 7ème congrès de notre parti, il y a environ un mois, nous avons adopté une résolution pour que la république humaniste devienne un sloga officiel du parti. La raison est que nous voulons montrer que notre république socialiste signifie une société humaine, pas seulement une société civile, mais va plus loin que cela, que nous devons allé au delà d’une société civile, comme l’indiquait Marx dans ces propres écrits, vers une société humaine ou comme il l’appelait un « humanisme socialisé ». Nous avons simplement interprété ce principe du marxisme en slogan politique. Nous luttons pour une république socialiste. Le nom de notre Etat est la République Socialiste, mais ce que nous voulions mettre e avant avec ce slogan c’est que notre socialisme est l’humanisme et que notre humanisme est le socialisme. En d’autres mots, le véritable humanisme pratique ne peut être que le socialisme et rien d’autre. Le socialisme et l’humanisme ne forme qu’un et sont synonyme. Nous voulons que tout le monde identifie la défense de l’être humain et l’humanisme avec le socialisme, pas avec les droits humains tels que la bourgeoisie les définit. Cette dernière définition est un slogan vide, et n’a pas de sens pratique ou politique. Pour la bourgeoisie, les droits humains sont un slogan de charlatans. Mais pour nous, ils ont un sens, ils sont réels, véritables. Il y a un fort et véritable lien entre l’humanisme et le socialisme. Cela fait longtemps que nous avons déclaré que l’humanisme est à la base de notre socialisme. Aujourd’hui, nous allons plus loin et avons traduit ce principe en slogan politique ou slogan de rue. C’est ce que notre dernier congrès a approuvé.

Vers le Socialisme : A la lumière du renforcement de la révolution, quel est ton message au peuple d’Iran, du Moyen-Orient et du monde dans son ensemble ?

Hamid Taqvaee : En ce qui concerne le peuple d’Iran, je pense que la faiblesse principale de la révolution est le fait qu’elle n’a pas de direction, ou plus précisément dit, que notre parti est compétent pour assumer cette direction, mais ne l’assure pas encore dans la pratique. Nous faisons ce que nous pouvons pour résoudre ce problème, pour organiser et diriger la révolution vers sa victoire. Mon appel au peuple d’Iran est : rejoignez votre parti. Adoptez sa politique et ses slogans. Rassemblez vous autour de votre parti, parce que c’est la seule voie de la victoire en Iran. La République Islamique peut être renversée et elle sera certainement renversée, mais cela ne signifie pas que le peuple sera libre pour autant. Nous aurons peut-être un régime pire que le régime actuel, comme la situation qu’a connu l’Iran lors de la précédente révolution. Aussi, pour la victoire de la révolution dans le véritable sens du mot, il est très important que ce parti joue ce rôle et que les gens rejoignent le parti et se regroupent autour de ses slogans et de sa politique. C’est un premier point. Le deuxième point est, comme je l’ai dit avant, que la révolution entre maintenant dans une phase offensive et que le peuple attaque les forces armées de la République Islamique, aussi les gens doivent être plus préparés à cette situation, s’organiser en conséquence. Nous commençons une phase très sérieuse et décisive de la révolution. Il est vital d’avoir un plan et une organisation. Nous devons être préparés dans chaque quartier, rue, bourg, ville et région, le peuple doit s’organiser et se préparer pour la dernière offensive contre le République Islamique afin de la renverser.

En ce qui concerne le peuple du Moyen-Orient et du monde, nous appelons à un soutien total. Cela signifie un soutien actif de la révolution, affronter la République Islamique dans les autres pays, en particulier en Occident, et que chaque gouvernement isole la République Islamique et de la reconnaisse pas comme gouvernement légitime parce qu’elle ne l’est pas. Nous demandons aussi que les responsables du régime islamique en Iran soient jugés pour leurs crimes contre l’humanité et contre le peuple d’Iran. Aussi, nous souhaiterions que le peuple, que ce soit au Moyen-Orient ou partout dans le monde, soutienne premièrement activement le peuple d’Iran, et deuxièmement soit agressivement contre la République Islamique, fasse toute sorte de pression sur leurs gouvernements ou les organisations internationales pour boycotter politiquement la République Islamique et couper toute relation avec elle, et revendique le jugement des autorités et responsables de la République Islamique pour leurs crimes contre l’humanité. Ce sont nos demandes au peuple du monde entier.


Actions

Information

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :